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Rob-Vel et le Spirou des origines

Café, SF, et assimilés (même de très loin…) 13. Aujourd’hui (26/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          J’y ai déjà fait allusion, la difficulté à se procurer du café est un des principaux fléaux des temps de guerre. J’en ai encore eu une preuve supplémentaire en regardant le blu-ray (les jeunes ont une manière d’écrire ça en abrégé que j’ai oubliée) de « Gods and Generals » : on y voit un Billy Yank et un Johnny Reb s’échanger quelques bouffées de tabac contre quelques gorgées de café sur un gué reliant les deux rives du cours d’eau, la veille de la bataille. Mais je reviendrai à une autre occasion sur le lien entre Guerre de Sécession et SF. Ce matin, s’impose plutôt à mon cerveau double avide de caféine le souvenir de la lecture nocturne et enchantée d’un très bel album, « Spirou par Rob-Vel, l’intégrale 1938-1943 », édité chez Dupuis à l’instant (hummm ! la bonne odeur d’encre fraîche !), vendu la somme quasi symbolique de 24 euros pour 310 pages de documents rares en couleur et reliées en dur, avec des vrais cahiers, presque comme dans le temps ! (Bon, ce n’est pas du cousu, mais c’est tout de même très propre, pas le gente à tomber en morceaux après lecture).

 

          Documents rares, dis-je. Inédits, je pense, pour certaines photos de l’introduction. Certes, les (très) grands collectionneurs possèdent les vieux « Spirou » d’époque, certes, il y avait eu pour le bas peuple éclairé de vagues rééditions plus ou moins complètes, jolies ou pirates (parfois un mélange de trois). Certaines étaient en noir & blanc, et d’une qualité médiocre (ce n’est pas vraiment une critique : il est très difficile de reproduire correctement ce type de document en noir & blanc, à cause des aplats). Là, on a droit à la couleur, et à du fac-similé : on ne peut pas demander mieux.

 

          L’introduction, signée Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault est un délice : elle fourmille de détails, d’anecdotes, de noms qui éclairent la naissance et l’évolution de ce personnage, dans le contexte bien particulier de l’édition belge, et de la guerre, car celle-ci vient très vite compliquer les choses. Le personnage de Spirou apparaît comme une création collective, à la croissance un peu chaotique. Que de noms aujourd’hui oubliés, ou pour le moins mal connus, y ont participé ! Tiens ! Saviez-vous que même J. Van Straelen a eu son petit rôle dans l’affaire ? Oui, J. Van Straelen, LE J. Van Straelen, un dessinateur que j’estime beaucoup et dont les historiens de la bande dessinée se fiche tellement que je continue à ignorer de quel prénom « J » serait l’initiale... C’est dire ! Pourtant, il dessinait fort bien les engins mécaniques, notamment les avions (Patrick Marcel, détourne pudiquement les yeux !), les bateaux et les sous-marins, et avait prolongé en France les étincelantes aventures de cette si sympathique fripouille, le capitaine Bill Sparrow, pirate moderne initialement imaginé par le grand dessinateur germano-italien Césare Away/Kurt Caesar, comme chacun sait. Période de guerre, période terrible, privation de café, bien sûr, mais aussi liaisons postales aléatoires, dessinateurs mobilisés qu’il faut remplacer au pied levé... Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault se sont livrés à une enquête serrée pour déterminer qui a fait quoi à tel ou tel moment et pourquoi, et l’on a parfois de belles surprises. Un travail exemplaire, qui justifierait quasiment à lui seul l’achat du volume.

 

          Et la science-fiction, là dedans ? Eh bien, on en trouve pas mal, de la velue, à l’ancienne. Je passerais sur l’épisode de Spirou sur la planète Zigomus et celui de l'homme invisible, car ils y a de fortes chances qu’ils soient connus de tous. J’insisterai en revanche sur un passage assez long (trente-sept planches, ce n’est pas rien), enchâssé dans la première véritable aventure Spirou (les précédentes s’avèrent en fait de simples gags). A la suite d’un concours de circonstances un peu confuses (de toute évidence, le scénario était écrit au jour le jour, au fil de l’inspiration, sans plan d’ensemble décidé au départ), Spirou et ses compagnons (Monsieur Papyrus et le milliardaire Bill Money), perdus en mer, découvrent un îlot visiblement artificiel qui donne sur ce qui ressemble à une sorte de grand temple à la fois sous-marin et sous terrain, construit dans le style égyptien antique délirant. C’est pas naturel, tout ça ! Moi qui suis actuellement dans un trip Salvador Dali, je dois dire que par moment, certaines cases m’ont rappelé le Maître ! (Toutes proportions gardées, mais tout de même...) C’est assez fou (comme le Maître l’était du chocolat Lanvin, en dressant ses moustaches) , et j’oserais même employer le terme, hélas trop galvaudé, de surréalisme. Ciel ! Et oui, j’ose ! Il y a un peu de Cocteau, aussi, avec des bras traversant un mur et brandissant bougeoirs, arrosoirs, plats, vaporisateurs...

 

          Robot géant, monstre marin pré-godzillesque, rayon de la mort, princesse, unijambiste (oui, unijambiste), savant fou (c’est une base), sarcophages, humour absurde, et j’en passe : un festival !

 

          J’exagère ? Oui, bien sûr, j’exagère, mais ça vaut la vision, et il faut se souvenir que tout cela était publié dans un illustré pour la jeunesse, publié par Jean Dupuis, un éditeur catholique belge bien pensant... qui, fort heureusement, devait quelque part se souvenir qu’il était aussi un compatriote de René Magritte.


          Ci-joint, quelques images pour allécher le chaland... Si vous vous intéressez à l’histoire de la bande dessinée belge, ne ratez pas ce petit trésor de papier 1. Le prix est déjà oublié, jugez de la qualité !

 

          Oncle Joe

Notes :

1. Je précise que, en ce qui me concerne, cet ouvrage constitue un élément de documentation, et aucunement un livre, il faut que les choses soient bien claires.

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