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Spacehawk, les marquages imaginaires, Dali et la science

Café, SF, et assimilés (même de très loin) 10. Aujourd’hui (23/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          Lorsque l’on se retrouve à tourner sa cuillère à la surface d’une tasse de café — ce que je fais actuellement, de manière semi-métaphorique — , on peut obtenir la figure d’une sorte de spirale. Par association d’idées, cette spirale me fait penser au curieux marquage, déjà évoqué lors d’un billet du café consacré à « Spacehawk », figurant sur les ailes d’un avion des méchants envahisseurs attaquant les État-Unis dans l’épisode de juin 1941 (« Target Comics », vol.2 n°4). Mais où veut-il en venir ? se demande l’ami lecteur, inquiet pour ma santé mentale. Et bien, je me souviens avoir essayé de décrire ce marquage atypique comme un sorte de triskel. Quelle idée ! Le prétendu « triskel » en question est une sorte de croix gammée aux branches recourbées, et je sentais bien qu’il y avait une figure connue qui correspondait nettement mieux que le triskel (une photo de mauvaise qualité, reproduite ici, permet de deviner plus que de bien discerner les marquages sur les ailes de l’avion, on me fera confiance). Mais ça ne me revenait pas du tout à l’esprit... Or, en rédigeant une ou deux réflexions à propos du roman « La Princesse d’Ys », je me suis mis à repenser à l’Atlantide (parce que la vile d’Ys, on peut voir ça comme une sorte de petite Atlantide bretonne... si, si...). Et qui dit Atlantide dit, évidemment... Pays Basque !

          Et là, l’illumination : le marquage de l’avion envahisseur évoque... une croix basque !

 

          Notre ami Wikepedia nous apprend que ce symbole est désigné par le mot « lauburu » en basque (c’est-à-dire dans une langue dérivée de la langue atlante, comme chacun sait). C’est un symbole pour le moins connu, et je me demande bien comment j’ai pu l’oublier... les mystères du fonctionnement de la mémoire !

 

          Juin 1941, donc, comme date, pour l’épisode de « Spacehawk ». Les États-Unis ne sont pas en guerre, on comprend alors un peu pourquoi Basil Wolverton n’a pas « franchement » dessiné de croix gammées. Un autre détail, très amusant. Wolverton se paie le luxe de figurer le dictateur qui lance son arme secrète contre l’Amérique. Il l’appelle « Moosler », ce qui, de toute évidente, est une plaisante contraction de « Mussolini » et « Hitler ». On se souvient que Hergé avait aussi imaginé un « Müssler » comme dictateur de la Bordurie, en 1938, dans « Le Sceptre d’Ottokar » : les grands esprits se rencontrent ! (Bon... concédons que la contraction des deux noms vient assez facilement à l’esprit, si l’on veut synthétiser un dictateur imaginaire, à cette époque...). La caricature de Wolverton vaut la vision (je me permets de la reproduire). On notera la présence d’une mèche, d’une moustache peu équivoques, et d’une croix noire sur le col et la manche du dictateur et de ses généraux : une croix noire, mais pas un svastika, ni même une variante du « lauburu »... Visiblement, Wolverton ne savait pas trop quoi faire pour ne pas donner dans le franchement explicite, mais enfin, personne ne risquait de s’y tromper !

 

          Ah, je me sens mieux ! il était très important de clarifier ce point, pour l’intérêt de la raison.

 

          Il est à remarquer qu’avec un minimum d’imagination , l’image qui se forme à la surface du café peut se voir comme une montre molle en pleine activité. C’est sans doute une des raisons qui m’a poussé à entamer la lecture d’un petit essai tout récent du critique Vincent Noce, « La raison du fou , Dali et la science » (Centre Pompidou, novembre 2012). L’ouvrage a été édité à l’occasion de l’exposition Dali toujours en cours, que je recommande vivement et qui a été pour moi l’occasion, pour la première fois de ma vie, de prendre une photographie avec un téléphone mobile (je me suis rattrapé avec l’iPad point de vue photos, mais c’est une autre histoire). Je ne résiste pas au plaisir d’en citer un court passage :
          « L’idée d’un « voyage au pays de la quatrième dimension », pour reprendre le titre d’un ouvrage signé Gaston de Pawlowski, ne pouvait que fasciner ces poètes est plasticiens, dans une acception certainement plus romantique que celle d’Einstein. « Il n’existe pas de mot capable de définir exactement les impressions bizarres que l’on ressent lorsque l’on s’élève pour toujours au-dessus du monde des sensations habituelles. La vision de la quatrième dimension nous découvre des horizons absolument nouveaux. [...] Elle permet de réaliser la synthèse définitive de nos connaissances. » Héritier de Camille Flammarion, mêlant hardiment la physique à ses inventions littéraires, Pawlowski rédigea en 1912 ce conte moraliste dans lequel il s’élevait contre la dépersonnalisation de l’individu dans la société moderne. Ramenant des « souvenirs futurs », obtenus par « transmutation » d’atomes, il mettait en scène la « diligence innombrable », « l’escalier horizontal », « la maison plate », — autant d’images paradoxales dont s’inspira Marcel Duchamp qui en recopiait des passages entiers au moment de réaliser ses premiers « ready made ».

 

          On trouve d’autres références, chez Dali comme chez Breton, dans les ouvrages beaucoup plus rigoureux de Henri Poincaré, que du reste Pawlowski avait exploité pour sa propre science-fiction. Mathématicien doublé d’un philosophe, Poincaré entendait établir la relativité des mathématiques, en soulignant leur caractère d’abstraction, certes utile, mais qui ne pouvait prétendre épuiser la réalité. « Tout ce que crée le savant dans un fait, c’est le langage dans lequel il l’énonce ». Il reléguait la religion euclidienne au range de « convention commode » , soulignant combien l’ensemble « continu, à trois dimension, infini et homogène », ainsi définit différait de notre « espace visuel » et « représentatif ». »

 

          L’extrait est choisi parce que Vincent Noce ne craint pas d’employer le mot « science-fiction », cela donnera du grain à moudre au théoriciens fous et autres polémistes, s’il s’en trouve qui, par le plus grand des hasards, lisent ce ludique et matinal billet du café, en buvant ce dernier...

 

          Oncle Joe
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