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Spacehawk s’en va-t-en-guerre

Café, SF, et assimilés (même de très loin) 5. Aujourd’hui (18/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          L'approvisionnement en café durant les périodes de guerre a souvent été l'un des principaux problèmes rencontrés par les belligérants. Je me demande si une étude poussée ne parviendrait pas à démontrer que beaucoup de conflits ont en réalité pris fin parce qu'un des camps n'en pouvait plus de subir une telle privation inhumaine. Cela me semble crédible (j'ai acheté quelques paquets d'avance, à l'annonce de l'intervention française au Mali... mieux vaut tenir que voir venir...). En tout cas, cette hypothèse métahistorique me sembler presqu'aussi recevable que les épisodes d'Histoire secrète révélés par Basil Wolverton dans les exploits de « Spacehawk » à partir d'avril 1941. Notons cette date, elle est intéressante.

 

          Dans sa touchante préface au précieux et monumental volume Fantagraphics Books dont il a été question à l'occasion du billet du café du 17/01/2013 (autant dire hier), Monte Wolverton, fils du Maître et lui-même caricaturiste (voir le dessin reproduit ici, et s'amuser à chercher son nom sur Google Images), précise :
          « Spacehawk spent the next 20 episodes battling earthly, stereotypical Japanese and Nazis. In the best of these stories, Wolverton cast exotically civil Axis sympathizers such as Dr. Gore as villains, yet in other episodes, Spacehawk was reduced (presumably by editors who suggested the topic) to battling mundane tire thieves. »

          Hum... il exagère un peu... Les adversaires de l'Amérique et par conséquent de Spacehawk ne se contentent pas de voler du caoutchouc (matière hautement stratégique à l'époque, il faut le concéder), ils utilisent aussi un arsenal délicieusement conjectural dont il me faut donner quelques exemples. Le passionné pervers d'armes secrètes farfelues et de cuirassés géants qui sommeille ( ?) en moi se trouve à la fête ! Que l'on en juge :
          — un astéroïde artificiel fabriqué par des Japonais (en tout cas, ils sont bien jaunes) destiné à bombarder les villes américaines : « Here go the stuff that will blast their great city into a smoking crater ! » (elles ne perdent rien pour attendre, les faces de citron !) ;
          — un kolossal char amphibie géant (oui, ça fait un peu pléonasme, mais c'est pour renforcer) piloté par des personnages qui doivent être des Allemands (on ne voit pas de svastika, mais on devine une petite croix militaire sur le col d'un officier, et en plus ils ne sont pas jaunes) ;
          — une sorte de porte-avions cuirassé aux lignes très sobres, capable de lancer aussi des petits sous-marins (le marquage sur les ailes des avions des méchants est assez curieux : un svastika, certes, mais aux branches arrondies, un peu comme pour un triskel) ;
          — des sortes de fusées tubulaires « propelled by a powerfull gas », dotées d'ailes escamotables qui se déploient une fois atteinte la bonne altitude dans la stratosphère ;
          — un sous-marin cuirassé de la plus belle eau (si j'ose écrire), avec de méchantes tourelles trapues à l'allure vicieuse, un super « Surcouf » (fameux et authentique submersible français), en quelque sorte. Ce coup-ci, la cocarde jap (un simple cercle rouge) est bien visible ;
          — un immense dirigeable porte-avions japonais, comme on regrette tous qu'il n'y en ait pas eu dans la réalité !
          — Et mon arme secrète préférée : des disques volants en forme de lame de scie circulaire, lancés par une aile volante géante, et qui découpent les gratte-ciel américains ! (Je jure que c'est vrai !)

 

          Revenons un moment sur la date d'avril 1941. Elle est intéressante car nos lecteurs ne sont pas sans savoir que les Etats-Unis ne sont entrés en guerre contre les forces de l'Axe qu'en décembre 1941. Pourtant, la guerre contre le Japon et l'Allemagne avait déjà commencé dans certains supports, et le magazine « Target Comics », où étaient publiées toutes les aventures de Spacehawk, en faisait partie. Monte Wolverton explique :
          « Beginning with the April 1941 issue of « Target Comics » (« Spacehawk and the Artificial Asteroïde »), the editors (perhaps in cooperation with a plan devised by U.S. government propagandists) ordered Wolverton to bring Spacehawk down to Earth to fight the Axis powers and defend America. »

 

          Oui, sans doute... mais le « perhaps » me laisse sur ma faim ; j'aimerais bien consulter les documents d'époque, lire un bon travail d'historien sur cette propagande dans la culture « populaire » ou de masse, précédant l'entrée en guerre des Etats-Unis. Quel est exactement l'option choisie par les agences gouvernementales (intervenir dans d'obscurs comics ? pas si évident, vu la mentalité du temps...) ? Quand les décisions ont-elles été prises ? Quelle est la part d'éventuelles initiatives privées (groupes de pression agissant sur les éditeurs, scénaristes, dessinateurs, etc.) ? « Spacehawk » est loin d'être le seul exemple. Tiens, je me souviens d'un film vu il y a bien longtemps à la télé, « Echec à la Gestapo » (« All Through the Night »), avec Humphrey Bogart, sorti le... 2 décembre 1941, me signale obligeamment Wikipedia. Aussi bien, ce travail passionnant a été fait en long, en large et en travers... si quelqu'un a des références, je suis preneur : inutile de me lancer dans une enquête déjà menée à bien ! Ma fainéantise habituelle me ferait la tête...

 

          Allez, je reprends une tasse de café à la santé de Spacehawk, tant que cette boisson stratégique n'est pas rationnée !

 

          Oncle Joe
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