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Moebius-Transe-Forme

Compte-rendu de l'exposition à la Fondation Cartier pour l'art contemporain - Paris

Pierre LE GALLO

nooSFere, janvier 2011

         

 

          Un mardi trempé et glacial de décembre. Mon président vénéré ayant une obligation aussi secrète qu'incontournable, je suis donc missionné pour le remplacer à la soirée VIP organisée par la Fondation Cartier « Moebius Transe Forme ».

 

                    Moebius, génie incontesté de la BD, ce qui fait que j'affronte, trempé mais ravi, la noirceur du Boulevard Raspail. A la loge, mon nom est bien là, hop je suis escorté souplement dans le hall d'entrée et l'attaché de presse m'incorpore diligemment à une petit groupe nerveux de blogueurs des deux sexes.
 
 
La planète Encore           

 

          Tout de suite un film d'animation en 3D, avec les atroces mais indispensables lunettes : « La planète Encore ». Adapté d'une bande dessinée de l'artiste, coréalisé par Moebius et Geoffrey Niquet, 8 minutes de bonheur, une bonne introduction à l'univers de Moebius, mais qui ravira les amateurs confirmés, dont je suis. Le film présente également parfaitement le thème central de l'exposition, la métamorphose. Un bel objet donc, lumineux et onirique, avec quelques fulgurances un peu troubles, qui évoquent les « yeux du chat ». Un peu court quand même.

 

          Retour dans le hall, ou notre hôte nous confie aux soins d'une guide parfaitement pénétrée des enjeux de sa mission. Patatras, le premier étage est envahi, elle doit modifier en catastrophe son agenda. Suit une minute de confusion amusante, qu'elle résout en nous emmenant au sous-sol, donc à l'envers du schéma habituel.
 
Le sous-sol          

                               © Photo : Olivier Ouadah

          Moi, je trouve ça bien, car du coup, on est directement plongé dans un univers crépusculaire, où des oasis brillamment colorées illustrent divers concepts et périodes du maître. Ici un bestiaire complet en petits cartouches noir et blanc (« les animaux de Mars »), là une série d'acryliques rétro éclairés montés sur hauts pilotis, quelques cristaux.

                                                                         © Photo : Olivier Ouadah

 

          Sur un des murs s'expose des créatures imaginées pour les travaux préparatoires d'Abyss, méduses pilotées par des clones d'Arzach, ou un spectaculaire humanoïde tentaculaire pour le 5° élément de Besson. Sur le mur d'en face, une série de planches monte une la succession d'états d'une envahissante mutation, aussi belles que dérangeantes.
                                                        
          On y retrouve les thèmes et les obsessions de Moebius : la métamorphose, évidemment, mais aussi la médiation, le désert, l'interpénétration du rêve dans le réel, le mélange organique, métallique et minéral, sous l'apparence d'improbables assemblages, et dont les extraordinaires couleurs, dégradés et formes oniriques manifestent son immense talent.

 

          Omniprésents aussi, la dualité (dont les fameuses chaussures bicolores ne sont qu'un exemple, pensez aussi à l'Incal), le personnage du chaman, avatar transparent de l'artiste, et des animaux compagnons/maîtres aussi extravagants que subtilement dérangeants. 
          

                                © Photo : Olivier Ouadah

 

          La ligne Moebius est partout, sa vision aussi, impétueuse et douce à la fois, mais surtout terriblement belle.

 

          Une heure a passé, notre guide est parfaite, un peu docte mais sachant s'adapter, et visiblement inspirée par son sujet. Il est temps de partir du début, et donc de monter au RDC, que nous avons escamoté tout à l'heure.
 
 
          Le ruban de Moebius          

                               © Photo : Olivier Ouadah


          Le premier niveau, au rez-de-chaussée donc — j'espère que vous suivez — est entièrement occupé par un ruban de Moebius. Je vous épargne, le concept, ainsi que son équivalent 3D 1

           Sur ce ruban, les différents avatars du maître, avec les univers où ils évoluent, de Blueberry à John Difool.        

           On commence par des autoportraits, notamment dans le cadre de la Déviation, où l'artiste, avec femme et enfant, s'égarait dans un univers dantesque. Beaucoup d'autodérision dans ces dessins, mais toujours un trait d'une grande fluidité, minutieux et lâche à la fois. A noter aussi les planches extraites d'Inside Moebius, où la dualité au cœur de son œuvre s'exprime dans de multiples compartiments, avec comme leitmotiv la fuite du temps.

         

          Plus classique, mais cher à mon cœur, Blueberry, où l'on reste fasciné par l'évolution du physique du héros, jeune premier 2 dans les premiers albums, puis de plus en plus marqué par la vie et les passions, le jeune lieutenant idéaliste laissant la place à un héros fatigué, complexe, sensuel et animal.        

          Ou Harzach, Arzak, guerrier extraterrestre voyageant sur un oiseau hybride, mi-organique, mi-mécanique qu'il passe son temps à réparer, Arzach est l'un de mes préférés, avec le Major Fatal. Peut-être parce que je l'associe aux planches follement débridées du mythique Métal Hurlant, où il parut pour la première fois en 1975.

 

          Dans la même veine, le Major Grubert, créateur du Garage hermétique, avec ses trois niveaux déments, comme le Désert B, absurde et jouissif. Nulle logique dans cet univers très accordé sur les phantasmes de Moebius, aussi réjouissant que déjanté.         

          En collaboration avec Jodorowsky, c'est la série de l'Incal (encore la dualité, poussée ici à son paroxysme). Univers aussi pessimiste que chatoyant (la scène d'ouverture se situe à « Suicide Allée » où des foultitudes de gens d'origines multiples se suicident en masse), la série est une totale réussite, avec des personnages d'une étonnante tessiture.         

          Moins ma came, enfin Stel et Atan, mais emblématique du thème central de l'exposition : Stel et Atan initialement femme et homme, changent de sexe. Le maléfique Paterne qui se dresse entre eux, est un être en changement perpétuel.        

          Deux heures donc de pur enchantement. Félicitations appuyées au commissaire de l'exposition, à notre guide, aux différents organisateurs, à la Fondation Cartier et bien entendu ...         

                                © Photo : Olivier Ouadah

           Merci au maître lui-même, dont le travail puissant et versatile, incroyable en qualité comme en quantité, accouche sans relâche foultitude d'univers sages ou fous, délirants et oniriques, mais surtout incroyablement beaux.

           Une exposition incontournable, dans un cadre magnifique. Eh, chef, je peux y retourner ?

 


Notes :

1. La bouteille de Klein
2. De faux airs de Bebel jeune

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