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François Debois renouvelle l'art du conte

Serge PERRAUD

Salon du Livre de Paris, le 14 mars 2009
nooSFere, juin 2009

     François Debois œuvre dans le scénario de BD depuis 2004. Il a, à son actif, seul ou en collectif, vingt-sept albums répartis entre dix-sept séries ou one-shot. Il a signé de nombreux scénarii inspirés par sa Bretagne natale tels que Les Contes de Brocéliande, Les Contes de l'Ankou et Les Contes du Korrigan. D'Anatole Le Braz, un auteur régional incontournable, il a adapté une nouvelle et un roman, respectivement Le Sang de la Sirène et Le Gardien du Feu.
     Mais sa muse s'émancipe et l'entraîne vers de nouveaux territoires. Ainsi, au début 2009, chez Glénat, il propose deux nouvelles séries : Magus, un conte se déroulant dans un Moyen-Âge uchronique et Talisman, un voyage dans le fantastique de l'enfance.
     Chacun de ses récits est une plongée au plus près des sentiments les plus habituels de l'être humain. Il décortique, avec un soin méticuleux, les desseins des individus, l'art de masquer leurs motivations. Il signe, ainsi, des histoires passionnantes, denses et d'une grande humanité.


     Rencontre avec un auteur plus que prometteur. 

 
 
 
 
      Pour la série Magus, vous vous associez avec Cyrus. Est -ce votre première expérience de co-scénarisation ?
 
     Non, j'ai déjà eu l'occasion de co-écrire deux albums avec Jean-Luc Istin dans le cadre de la collection Soleil Celtic. J'ai également un album en co-écriture en ce moment. Il s'agit d'un manga. Donc, j'ai déjà l'expérience. Avec Cyrus, on se connaît depuis longtemps. Il y a quelques années qu'on avait envie de travailler ensemble. L'occasion a fait le larron.
 
     Ce n'est donc pas parce que vous êtes débordé par toutes les séries que vous menez ?
 
     Non, c'est plus par plaisir de coopération avec d'autres scénaristes. C'est plus des envies, des coups de coeur que des contraintes. Pour l'écriture, je m'organise. Je prends le temps de le faire comme il faut.
 
     Comment se passe la co-scénarisation d'un de vos albums ? Avec Cyrus, par exemple
 
     Au début, cela se passe en général autour d'une bonne bière (Rires). On prend le temps de se voir, lui habitant à Paris et moi à Issy-les-Moulineaux, se voir régulièrement pour discuter surtout sur le synopsis. Ce sont de longues séances de travail où on façonne ensemble un résumé global de l'histoire. Ensuite, on se répartit les séquences pour le découpage, en général, par séquences de cinq pages. Il en écrit cinq, moi j'en écris cinq. Mais on a l'habitude de retoucher le travail de l'autre, ce qui fait qu'à la fin du processus, on ne sait plus qui a écrit quoi. On a des influences communes qui nous ont fait, d'ailleurs, nous rencontrer et nous donner envie de construire ensemble. On arrive à se dire qu'on n'aime pas ce qu'a écrit l'autre. On a suffisamment de tolérance entre nous. Nos ego nous le permettent. En relisant le tome 1 de Magus, je ne sais plus quelle page j'ai écrit et quelle page Cyrus a écrit. C'est plutôt bon signe.
 
     Est-ce un travail d'osmose ?
 
     Exactement ! Oui, parce qu'on a une envie commune sur cette série.
 
     Cyrus a ouvert un blog où il explique que Les Tours de Bois-Maury d'Herman, ont été un des révélateurs de Magus.
 
     Cela a été un des révélateurs de Magus. On avait déjà décidé de localiser l'histoire de Magus dans un univers médiéval, un peu uchronique. S'il a les apparences d'un univers réel, d'une époque réelle, Magus c'est du médiéval fantastique. On était déjà fixé sur une époque médiévale. La série Les Tours de Bois-Maury, que je lui ai fait découvrir, m'avait séduit. Cyrus a été enthousiasmé, tant il est vrai qu'Herman a un talent fou pour rendre l'univers médiéval. Et voilà.
 
     L'idée de base de Magus, n'est-elle pas l'installation de la société chrétienne, de l'Église catholique, à la place d'anciennes croyances ?
 
     Non, pas vraiment ! En fait, on est plus dans un cadre où, effectivement, il y a d'anciennes croyances. Nous sommes partis de l'idée qu'il y avait de la magie à cette époque et que cette magie se transmettait par filiation. Les magiciens étaient plus ou moins bien intégrés dans le paysage local, très dur, un paysage médiéval tel qu'on se l'imagine. Une situation que l'Église, finalement, a tolérée jusqu'à un certain point, tant que cela ne dérangeait pas tellement ses petites affaires. Puis, à une époque, elle a institué une sorte de pogrom des sorciers pour faire disparaître ceux qui étaient trop visibles. Mais pas forcément avec la volonté de les exterminer tous.
     On a voulu prendre le contre-pied de la fantasy classique où les magiciens ont des pouvoirs exceptionnels, sont visibles, flamboyants. Nos magiciens restent plutôt dans l'ombre. Ils utilisent leurs pouvoirs à des fins individuelles, personnelles. Ils ne veulent pas pour mener des grandes quêtes pour sauver le monde. Ils ne représentent pas forcement une énorme menace pour l'Église.
 
     Malgré tout, quand on lit le premier tome, le personnage du prêtre n'est-il pas là pour éradiquer tout ce qui n'est pas conforme ?
 
     Il est une figure de l'Église, celle qui apparaît effectivement dans le tome 1. Mais on va découvrir, dans les deux tomes suivants, qu'il ne fait que poursuivre des desseins personnels. Il est le bras armé de l'Église, mais il est lié très étroitement à Stanislas, le personnage principal, pour des raisons qui restent à découvrir. très personnelles que l'on va découvrir dans la suite. C'est plus par rapport à ses propres motivations qu'il agit et non parce qu'il appartient à l'Église.
 
     Il est vrai que souvent le pouvoir religieux se confond avec le pouvoir personnel. Ne parle-t-on pas du troupeau des fidèles ?
 
     Exactement, sachant qu'il cherche à avoir une influence sur ce village. Je mesure bien le niveau d'influence que pouvaient avoir les ecclésiastiques à l'époque. Le clergé, finalement, possédait les biens et possédait les âmes également. Ils essayaient de les façonner telles qu'ils le souhaitaient. C'est la nature de ce personnage.
 
     Donc, dans le développement, il y a des liens très forts entre ce prêtre et Stanislas ?
 
     Tout à fait !
 
     Pourquoi faire du héros, un fossoyeur ? C'est une profession peu utilisée, pour ne pas dire très rare, en littérature. À part Brassens...
 
     Oui, c'est vrai. La réponse se trouve sur le blog de Magus, où Cyrus a mis la photo d'un de ses ancêtres. Il était fossoyeur pendant la seconde guerre mondiale. Un des concepts de Magus est parti de là. Cyrus se disait : « Il y a quelque chose qui m'interpelle dans cette activité de fossoyeur pendant la guerre. C'est un rôle assez obscur. C'étaient des gens qui n'étaient pas directement sur le théâtre des combats, mais qui se trouvaient juste après. » Cela a été le point de départ de notre échange. On s'est dit : « Tiens, un fossoyeur dans un cadre médiéval, avec de la magie, qu'est-ce que cela donnerait ? » Tout est parti de là, en fait !
 
     Puis, Stanislas est obligé de dépouiller les cadavres. Organisez-vous un trafic ?
 
     Il est dans une logique de survie en fait, comme tous à l'époque. Il faut survivre même si cela suppose de voler les morts. Même si cela heurte ses convictions dans un premier temps, il finit par le faire. C'est une dimension qui nous intéressait, le fait que les fossoyeurs soient confrontés à un tel dilemme... Personne n'est tout blanc, ni tout noir. Il n'y a pas de vrais héros, car ils sont tous dans la logique de sauver leur peau.
 
     Pour réinventer ce Moyen-Âge uchronique, vous êtes-vous inspiré de lectures, de descriptions ?
 
     Non, même si, globalement, on est dans un univers qui se situe entre le 10 et le 12e siècle.
 
     C'est vous qui introduisez cette violence ?
 
     Tout à fait, ce qui amène les individus à lutter pour leur propre vie plutôt que pour le bien du monde. C'est toujours quelque chose qui m'a dérouté dans l'héroïc fantasy classique. On a des héros qui sont, à priori, dans des univers plutôt hostiles et qui, malgré leurs difficultés, veulent sauver le monde, veulent le bien pour leurs semblables. Pour moi, ils sont là avant tout pour sauver leur peau. Ils ont des durées de vie relativement limitées : trente-cinq/quarante ans... De mon point de vue, ils n'ont qu'une envie, c'est de sauver leur mise et de faire face aux pouvoirs du clergé ou des chevaliers.
 
     Vous mettez en scène le supplice du silence ? D'où vient-il ?
 
     J'ai eu, à plusieurs reprises, la question en dédicace. Beaucoup m'ont demandé si cette machine existait véritablement. En fait, on s'est inspiré d'objets de tortures médiévaux pour créer cet instrument. Le supplice du silence est inventé de toutes pièces, au même titre que l'Édit des mônes qui démarrent l'album. On est parti du principe que les magiciens, à cette époque, se transmettaient la magie par filiation et par voie orale, avec un certain nombre de mots. Ils transmettent ainsi ce savoir de parents à enfants, en apprenant des formules magiques. Mais ce pouvoir, ces formules, ...comment dire, ne pourront pas être exploités si je ne suis pas de la famille d'un magicien qui les a portés pendant des générations. C'est pour cela que le supplice du silence est très dur pour eux, parce que perdre la capacité de parole, c'est perdre le pouvoir. Et perdre aussi la capacité de le transmettre.
 
     Comment travaillez-vous avec Annabel ?
 
     On travaille essentiellement par courriels et par téléphone, parce que Annabel est basée à Bordeaux et moi en région parisienne. On a aussi l'occasion de se voir en festival. On mène, cependant, un travail de collaboration totale. Cela se passe de manière très classique à partir du story-board. On a beaucoup d'échanges sur la mise en page, les cadrages, le nombre de vues.
 
     Vous êtes également dessinateur. N'êtes-vous pas tenté de ... ?
 
     Oui, tout à fait ! (Rires) Oui, c'est vrai ! Il m'arrive de « crobarder » des story-boards que j'envoie ou ...que je n'envoie pas. Mais en tout cas, que ce soit pour Magus ou pour Talisman, Annabel et Montse ont une telle facilité du Story-board, les réalisent avec une telle fluidité, que je ne ressens pas du tout le besoin de dessiner à leur place. C'est tellement naturel ! Quand je reçois les pages elles sont telles que je me les étais représentées en les écrivant.
 
     On doit, toutefois, être tenté de faire soi-même les dessins pour camper les personnages ?
 
     Oui, j'ai une idée sur certaines cases. Mais, en définitive, c'est bien elle la dessinatrice sur Magus.
 
     Peut-on évoquer Talisman, où vous êtes seul aux commandes cette fois, en tant que scénariste ? On change de domaine même si on reste sur des données mystérieuses, magiques. C'est le monde de l'enfance, avec Tara, cette petite héroïne. Comment l'avez-vous construite ? Vous êtes-vous inspiré de votre entourage, votre fille, votre nièce ?
 
     J'ai un fils de quatre ans et une petite fille de deux ans. Donc, ce n'est pas ma fille et je n'ai pas de nièce de cet âge là. C'est un personnage que je portais en moi depuis des années, car, initialement, j'avais écrit cette série comme un long métrage d'animation, un film d'animation qui ferait entre un heure trente et deux heures, qui correspondrait à la lecture de trois albums de bandes dessinées. J'avais conçu la série ainsi. Et puis, j'ai rencontré Montse Martin, la dessinatrice. Je lui ai fait la description de la Tara que je m'étais imaginée. Et le lendemain, elle m'adressait des designs. Quand on crée des designs de personnages, il en faut souvent plusieurs, parfois des dizaines avant de trouver son personnage. Que ce soit Tara ou Tom, son acolyte, les deux personnages étaient campés, étaient posés. C'était extraordinaire. Elle avait tout saisi, tout était sur le papier. Cela a tout de suite résonné en moi, ce qui m'a permis d'étoffer le personnage, ses rapports avec ses amis, avec son père, avec son environnement. Cela s'est fait naturellement, sur la base d'une première idée et du design de Montse.
 
     Pourquoi avoir choisit une petite fille comme personnage principal, plutôt qu'un garçon ?
 
     Il y en a un, c'est Tom ! Mais c'est amusant, parce que souvent, avec Montse, on se dit : « Tara, c'est ta fille et Tom c'est mon fils. » C'est vrai que lorsque j'écris, j'aime bien faire vivre les deux. Mais, si je me sens très à l'aise avec Tom, je ne le suis pas autant avec Tara. Montse s'autorise à réécrire certains de mes dialogues pour elle. C'est notre règle du jeu, c'est notre code. « Une petite fille ne dirait pas ce que tu as écrit. » Au même titre que pour Amélie, la mère de Tara. J'avais écrit une scène, pour le tome 2, où Amélie est en pleurs. Montse m'a dit : « Non, là ça ne marche pas. Il ne faut pas faire comme ça. Toi, tu l'imagines en tant que mec. Mais dans cette situation, Amélie va être furieuse, être très en colère et ne va pas pleurer. » J'ai réécrit la scène en tenant compte de cet avis et cela fonctionne très bien.
 
     La vision, le ressenti féminin ne sont-ils pas bien différents ?
 
     Tout à fait. Et là, en l'occurrence, dans ce domaine, nos échanges sont très riches. Mais, pourquoi une petite fille plutôt qu'un adulte ? Cela coïncide avec la naissance de ma fille. Certainement que j'avais, en moi, l'idée de créer, d'illustrer cette filiation, cette relation fille/père.
 
     Vous êtes-vous replongé dans votre enfance, une période qui pour vous n'est pas si loin, pour retrouver l'ambiance de votre histoire ?
 
     J'ai trente quatre ans. Mais c'est vrai que je me suis replongé dans mon enfance. À la base de Talisman, j'avais envie d'explorer ce côté un peu sombre, un peu triste, qu'on connaît à une époque de notre vie, quand on découvre certains aspects cachés de nos parents. On se les est représentés dans un monde idéal. Ils sont les plus forts, ils sont infaillibles. Et puis, à un moment, on découvre une zone : « Tiens, il y a des cachotteries ! Tiens, des choses se sont passées dont on ne parle pas ou à mots couverts. On ne sait pas exactement quoi. Alors... » Dans le cas de Tara, elle va « investiguer » dans la vie de ses parents. Elle va découvrir ce qui est arrivé à son père, comment il est entré en possession de la cape magique, comment il a rédigé le contenu du Grimoire des Souhaits, qui est un peu le journal de sa vie. Là, elle va rentrer dans les mystères de ses parents. C'est ce domaine que je voulais travailler car, pour moi, il est vraiment passionnant.
 
     Le métier que vous faites est très fragile. Les affres de l'écrivain, au début du premier tome, ne sont-elles pas les vôtres ?
 
     Il y a des moments où, quand on écrit une BD, on a des doutes, où c'est laborieux, où les idées ne s'enchaînent pas. Surtout dans les premières étapes, quand on travaille au niveau du concept, du synopsis. Après, c'est l'atelier, c'est un travail artisanal. Si l'on a le bon outil, ça roule, on découpe. Aussi, quand je suis en souffrance, je peux être grincheux, notamment avec mes proches, mes enfants. Mais, une fois que c'est terminé, c'est l'euphorie. C'est ce qui arrive au père de Tara. Il a terminé son bouquin, il est content, il est libéré, tout va bien. Il repasse du temps, il se ressource avec sa famille. C'est ce qu'il m'arrive de vivre. C'est effectivement, un peu moi, si l'on compare à la situation décrite, ce passage à vide quand on est dans la création.
 
     « Je fais la chose la plus savoureuse qui soit : je me venge ». C'est ce que vous faites dire à l'un de vos personnages. N'est-ce pas un peu dur ?
 
     Si ! Mais il y a un climat de vengeance. Il y a eu des relations très fortes entre le père de Tara, ceux de Mathilde et de Tom. Ces trois là se connaissent depuis longtemps, avec Amélie, et Nola la folle également. On va découvrir ce qui les unissait, ce qui les a désuni et pourquoi il y a eu des frictions. On va donc comprendre ce besoin de vengeance. Qui n'est pas gratuit. Qui n'est jamais gratuit dans mes textes.
 
     Vous mettez une part de merveilleux avec cette cape magique qui permet d'exaucer les souhaits. Pourquoi introduire un tel fantastique ?
 
     Vous allez le retrouver dans la suite de l'histoire. Initialement, dans l'imagerie que j'avais sur Talisman, je voyais le petit Chaperon Rouge avec sa cape rouge et... un loup. Le loup va faire son apparition.
 
     Mais ne l'aperçoit-on pas dans le premier tome ?
 
     On l'entre aperçoit dans des branches. Donc, je joue là-dessus. C'est pour moi, la projection d'un conte pour enfants. C'est le conte que j'aurais aimé lire quand j'étais enfant, c'est-à-dire un texte moderne avec une petite fille, un loup, de la magie... Le tout plongé dans un univers d'aujourd'hui, où les enfants puissent se projeter.
 
     Vous inspirez-vous des mythes et légendes bretons ?
 
     Pour Talisman, non ! J'ai pioché du côté des contes de Perrault ou des frères Grimm, plus que dans la culture bretonne que j'exploite dans d'autres séries.
 
     La transition est parfaite. Parallèlement, votre actualité chez Soleil, est assez dense. En deux mois, il y a Le Gardien du feu, La quête du graal. Comment gérez-vous toutes ces séries ?
 
     Très bien ! La question que l'on me pose le plus souvent : « Comment tu fais pour faire tout ça ? » J'ai beaucoup d'envies, énormément d'envies. Je le fais avec beaucoup de plaisir, de la discipline et de l'organisation. J'ai un autre travail à côté. Je fais du conseil en entreprise également. Mes journées sont bien remplies. Mais, quand je me mets à l'écriture, sachant qu'en général, je travaille chaque soir sur une série différente, je renouvelle mon intérêt et mon envie de bosser sur la série. Et j'ai toujours énormément de plaisir à retrouver mes personnages quand j'écris. Ce sont comme de vieux amis que l'on retrouve, et c'est du bonheur.
     Mais il arrive parfois que des séries soient laborieuses à écrire. Et quand je dois m'y coller, c'est la croix et la bannière. Et on sait d'avance que le résultat sera moins bon.
 
     En tant que lecteur, on ressent également quand l'auteur a eu du plaisir à raconter une histoire ou quand il a été à la peine. Donc, vous avez sorti, chez Soleil, Le Gardien du feu, qui est une adaptation d'un roman d'Anatole le Braz. Est-ce un auteur important en Bretagne ?
 
     Je pourrais dire que c'est le plus important. Pour moi, c'est celui qui a su le mieux raconter la Bretagne de la fin du 19 et début du 20e siècle. Qui a su mieux restituer ce qu'était les Bretagne, car il y avait autant de Bretagne qu'il y avait de régions. Donc pour moi, c'est un auteur majeur. Et puis je me suis passionné pour un ouvrage de contes qu'il a écrit et dont j'ai tiré Le Sang de la Sirène, chez Soleil. C'était d'ailleurs avec Sandro, le même dessinateur que Le Gardien du feu. C'est du bonheur, à la fois parce que j'aime bien mettre mes pieds dans les chaussons d'Anatole Le Braz et parce que cela m'oblige à faire des recherches, à retourner sur place, dans ma Bretagne, plonger dans son univers et écrire.
 
     Le Gardien du feu se déroule dans un phare ?
 
     Dans le phare de la Vieille, situé au large de la Pointe du Raz, perché sur un rocher. C'est vraiment un enfer total.
 
     La vie de ces gardiens de phares n'était-elle pas terrifiante ?
 
     On est effaré par ce qu'ils ont pu vivre. Surtout lorsqu'ils étaient dans des endroits aussi déshérités. Il y a des phares, à terre, où l'on peut considérer que les places étaient un peu plus « pépères ». Ils étaient à terre, ils avaient des contacts avec du monde. Quand ils étaient en mer, ils étaient dans un enfer, avec, à des endroits, des courants terrifiants, des vagues... Ils avaient du courage pour être là, à cet endroit. Il fallait tenir compte, aussi, de l'isolement. Même s'ils assuraient la garde à deux, comme sur Le phare de la Vieille, c'était quand même l'isolement total, la séparation de la famille et, en l'occurrence pour le personnage principal, de sa femme. Pour lui, c'est quelque chose d'insupportable.
 
     Vous avez également une autre série : La Quête du Graal. Est-ce une série de fantasy ?
 
     C'est de la fantasy flamboyante, pure et dure avec, quand même, l'envie d'aborder le cycle arthurien et tous les personnages que l'on connaît : Merlin, Arthur, lancelot du Lac, Perceval, Guenièvre...
 
     Aviez-vous envie de refaire Kaamelott ?
 
     C'est un peu ça ! Cependant, je n'ai pas voulu faire une série humoristique à la Lanfeust, mais une série portant sur les personnages. En étant encore plus proche d'eux et, là encore, de leurs motivations personnelles. Moi, le côté chevaleresque d'Arthur m'a toujours dérangé. Là où je place Arthur, je le malmène. D'un côté, il a Merlin qui lui a dit d'aller chercher le Graal et sauver l'avenir des hommes. Et de l'autre, il a son demi-frère emprisonné. Il rétorque : « La première chose que je vais faire, c'est aller sauver mon demi-frère. Après, on verra. » Ce que j'ai voulu mettre en place, c'est ce rapport de défiance à Merlin. Et puis, pourquoi Merlin veut-il qu'Arthur aille chercher le Graal ? Là encore, il y a une motivation personnelle. Il est victime d'une malédiction et seul le Graal pourra l'en libérer. Ils ont tous leur part de noirceur. Et, pour moi, ce ne sont pas de grands héros, ni des sauveurs de l'humanité.
 
     C'est donc le côté humain de l'individu que vous souhaitez développer, lorsqu'il veut masquer son besoin personnel sous une grande cause ?
 
     Tout à fait ! Et moi, j'aime bien les fêlures des humains. On n'a pas de réactions héroïques, on a bien souvent des réactions de survie, de survie pour les autres, pour ceux qui nous sont proches.
 
     Je ne sais plus qui a dit : « On est héros par hasard ! » ou quelle chose d'approchant.
 
     Par hasard, tout à fait. Exactement. Et c'est le cas d'Arthur quand il retire Excalibur de sa gangue de pierre, comme je le raconte dans le tome 1. Merlin a tout manigancé. Mais ce n'est pas lui qui a choisi de devenir le grand héros. Ce n'est pas comme ça que je le vois.
 
     Et quels sont vos projets ?
 
     Mes projets ? Déjà les tomes 2 de Magus et Talisman. La Quête du Graal où je suis en train de travailler sur le tome 4. Puis, Le Gardien du feu, tome 2, car ce sera un diptyque. Et quelques nouveaux projets dans les tuyaux, dont je ne parle pas tant qu'ils n'ont pas dépassé la vingtième page, tant qu'ils ne sont pas mûrs. Quelques projets vraiment personnels que j'ai envie de porter là également dans l'année qui vient.
 
     Dans l'année qui vient ?
 
     Oui, oui, exactement. Ils vont démarrer.
 
     On n'aura donc pas longtemps à attendre !


 

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