Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

Recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Bandes dessinées
Fonds documentaire
 

Le Festival International de la BD d’Angoulême 2009

(Journal d’un râleur)

Florent M.

nooSFere, février 2009

 

     Samedi 31 janvier 2009, dix heures du matin. L'air est frais, mais la température supportable. Le soleil fait même une timide apparition : on évite la pluie ou pire, la neige, comme ce fut le cas il n'y a guère si longtemps, lors des plus terribles années du Festival. Je trouve une place libre du premier coup, à cent mètres du Champ de Mars, dans laquelle j'engouffre ma vieille charrue sans demander mon reste en narguant les automobilistes défilant à ma suite. C'est l'avantage d'habiter sur place : pour le Salon, on connaît les combines. Ma base de ravitaillement est donc installée, chargée de victuailles ; elle ne bougera plus avant dix-neuf heures. J'avance, résolu, vers les bulles, mon précieux sésame (un badge « presse ») en bandoulière, pendu à la lanière de la sacoche de mon appareil numérique, affichant fièrement les couleurs de nooSFere. Le Festival commence plutôt bien. 1


 

     Premier tour d'horizon dans la bulle du Champ de Mars : la foule est déjà nombreuse. Tant mieux. Rappelons que le jour même de l'ouverture, jeudi, la grève générale menaçait une nouvelle fois un Salon qui a toutes les peines à maintenir la tête hors de l'eau depuis ces dernières années, pour diverses causes locales ou nationales sur lesquelles je ne m'étendrai pas ici. Laissons la politique d'un côté, le neuvième art de l'autre. Tout de même, non sans une certaine ironie, notons que cette année, la SNCF est partenaire du Festival... Sans commentaire. Dans cette bulle du Champ de Mars, donc, où figurent les plus gros éditeurs, je note au passage la présence de deux artistes en dédicace dans l'après-midi : un des auteurs nippons de Robots (qui m'échappera finalement) chez Glénat, ainsi que Guillaume Bouzard chez Dargaud. Mais nous y reviendrons.

     Changement de bulle, pour jeter un œil du côté des comics. Je retrouve, juste à l'entrée, le stand Xiao Pan où s'affaire Benjamin (One Day), un auteur chinois en pleine ascension et régulièrement présent au Festival, y compris cette année malgré le froid diplomatique opposant la France et la Chine. Vu le nombre de personnes attendant leur dédicace, je constate le fossé séparant l'art de la politique.


 

     Panini ne déroge pas aux vieilles habitudes : les traditionnelles statues de Batman et Spider-man sont, cette année, accompagnées de Hulk et Iron Man, grandeur nature (soit quelque chose comme deux mètres cinquante pour le géant vert). Sur le comptoir, l'énorme marteau de Thor ne va pas tarder à disparaître (il faut dire qu'il est un peu encombrant). Chez Panini, les Watchmen sont à l'honneur, à l'occasion de la sortie prochaine de l'adaptation ciné du comic-book (ou plutôt : roman graphique, ou encore mieux : graphic novel, pour les snobs).

     Je constate alors que deux consoles de jeu ont été installées, et j'hallucine quelque peu en voyant des ados, présents dès l'ouverture du Salon, après avoir payé leur billet, passer une partie de la journée à jouer aux jeux vidéos... Mais passons, je dois me faire vieux.

     Du côté des artistes en dédicace, de grandes pointures sont dans la place puisque Brian Azzarello et Lee Bermejo, scénariste et dessinateur parmi les plus en vogue (Hellblazer, Batman...) sont au turbin, accompagnés de Gabriel Otto et Simone Blanchi (c'est un homme). Je remarque au passage que Panini pratique toujours le système du tirage au sort, pour un maximum de huit dédicaces par artiste et par demi-journée. Il ne faut donc pas y compter. Il m'est pratiquement impossible d'approcher du comptoir vu la foule présente, mais je parviens malgré tout à consulter l'une des trois nouvelles éditions des Watchmen, pour découvrir en première page une traduction assez étrange / surprenante / déroutante... Je décide de conserver ma vieille édition Zenda. Comptez sur moi pour approfondir la question, dès que je pourrai comparer cette nouvelle édition dans son intégralité.

     Je cherche ensuite une quelconque trace du Joker d'Azzarello et Bermejo, pourtant annoncé en fanfare par Panini, avec lithographie offerte en sus : rien. Après renseignement, tout a été vendu les deux premiers jours, je suis donc bon pour attendre une quinzaine de plus, et sans profiter de la lithographie... Dommage. On me bouscule, il fait chaud, je m'éclipse vers le fond de la bulle où se trouve le stand Soleil, avant de frapper le premier venu.


 

     Il faut savoir qu'au Festival de la BD d'Angoulême, le stand Soleil fait un peu cavalier seul en restant à l'écart des autres grands éditeurs, dans ce que l'on pourrait qualifier de Salon dans le Salon : deux écrans de projection, deux écrans plasma, des spotlights, une batterie d'artistes en dédicace... La machine de guerre Soleil ferait presque peur. Imaginez une grande salle plongée dans le noir et balayée par des spots lumineux seulement différenciée d'une discothèque par, trônant en son milieu, un carré rempli d'auteurs autour duquel il est impossible de progresser, dans une chaleur étouffante, entouré d'inconnus qui vous marchent dessus. Respect aux visiteurs capable de patienter des heures dans un tel environnement, et un conseil à Soleil, qui porte mal son nom sur le coup : rallumez la lumière !

     Il est temps de prendre un peu l'air. Je poursuis mon périple en remontant la rue piétonne qui traverse le centre-ville pour me rendre à l'Espace Franquin, rebaptisé Manga Building pour la durée du Festival. L'idée de consacrer un espace dédié aux mangas n'est pas mauvaise en soi, mais il me semble que les organisateurs ne mesurent pas encore très bien leur popularité en France, second consommateur au monde après le Japon : l'exiguïté des lieux empêche tout simplement le visiteur de circuler librement, et même de respirer. Un flot continu de visiteurs traverse donc le rez-de-chaussée pour se rendre aux expositions, en bas. Ces visiteurs — filtrés et ralentis par un agent vérifiant leur billet en haut des marches — stagnent donc dans le hall, entourés de trois stands assaillis par d'autres visiteurs. Et encore, à ce moment-là, aucune dédicace n'était en cours. Guère friand des expos, je fais un tour, remarque au passage un studio de RTL installé là avec aux micros Christophe Hondelatte (le beau gosse au blouson de cuir qui présente une émission sur des affaires criminelles) et Philippe Geluck (Le Chat). Peu friand des expos, rien ne me retient plus longtemps, je brave donc la foule pour essayer de ressortir (en voyant au passage une adolescente descendant les escaliers tomber sur les fesses. Vous auriez ri, vous aussi).

     Dernier repérage dans la bulle de la place New York, cassée en « L » et plus grande encore que les années précédentes, peuplée d'une foule incroyable (dont certains [bip] qui ne trouvent rien de mieux à faire que d'emmener dans cet enfer leur bébé en poussette). Traditionnellement, cette bulle est consacrée aux petits éditeurs (et même, à une époque révolue, aux fanzines et à la BD underground). D'ailleurs, je l'ai promis, je le fais : Univers Comics Unlimited est un nouvel éditeur français qui se propose d'éditer des comics de l'âge d'or, parmi lesquels Weird Monster Tales et Dracula. Univers Comics publie également des magazines : Univers Comics 2008, présentant la côte de 22 000 comics assortie d'articles, et Comics Culture, consacré aux produits dérivés. Tous les détails ici : < http://fredcomics.over-blog.com >

     Ce premier tour d'horizon effectué, je retourne au bien-nommé Champ de Mars qui a toutes les allures d'un champ de bataille. Toujours autant de monde chez Panini, je prends tout de même quelques photos, retourne à mon QG me requinquer, puis reviens en meilleure forme.
 
     Je vous ai déjà signalé la présence de Bouzard en dédicace sur le stand Dargaud : frais et dispo, je décide de tenter le coup et ose quêter une dédicace. J'achète son dernier album, The Autobiography of a Mitroll (en course dans la sélection officielle), achète également au passage De Gaulle à la Plage (ça ne vous ai jamais arrivé d'acheter une BD simplement parce que sa couverture vous faisait marrer ?), figurant aussi à la sélection officielle, et entame une longue attente. Et j'attends, encore et encore. Sept personnes sont devant moi. Par chance, je suis l'avant-dernier pèlerin à patienter avant que l'auteur ne change (chez Dargaud, les artistes dédicacent en flux tendus). Enfin, je rencontre l'auteur de Plageman qui, après les présentations d'usage, commence la dédicace (le chien de la BD en costume traditionnel de Bretonne, avec coiffe assortie). Satisfait de constater qu'en plus de me faire rire, Bouzard est aussi sympathique, il me reste à me frayer un chemin avec mon livre ouvert, en attendant que l'encre sèche. Ah, l'occasion d'aborder un autre sujet de râlerie : il se trouve qu'à Angoulême, la file d'attente se referme derrière vous telle la Mer Rouge derrière Moïse ; à croire que les visiteurs ne s'imaginent pas qu'il vous faudra, une fois votre dédicace obtenue, repartir en sens inverse, comme si vous alliez sauter par dessus le stand pour fuir entre les auteurs en dédicace. Pas question, donc, de laisser un couloir ouvert pour laisser repartir le pauvre homme piégé qui, en plus, doit tenir en mains sa BD ouverte...

     Bon, venons-en directement à la fin puisque, même si je râle, je suis tout de même resté jusqu'à la fin, après neuf heures de va-et-vient entre les bulles (ne cherchez aucun double sens à cette phrase). Il se trouve qu'à une heure de la fermeture, j'ai repéré un stand où les files d'attente devenaient abordables et où, dans un coin, un auteur n'avait qu'une seule dédicace en cours. Je m'approche, tout en me demandant quel obscur artiste peut générer une file si réduite, pour découvrir Tony Moore, dessinateur de Walking Dead et Fear Agent. Et en cravate, s'il-vous-plaît. Je salue d'ailleurs au passage les éditions Akileos pour la gestion de leur stand (et en plus, ils vous offrent des badges. Bon, OK, les badges c'était déjà ringard dans les années quatre-vingt, mais c'est l'intention qui compte). C'est ainsi que j'ai conclu mon Festival en obtenant, une demi-heure avant la fermeture, un superbe dessin de Fear Agent : avec ma dédicace de Bouzard, le bilan était plutôt positif.

     Bon, nous l'aurez compris, je suis assez déçu par cet édition. Le public était là, mais le Festival moins riche en originalités, et l'ambiance n'y était pas vraiment. Bien sûr, tout cela n'engage que moi, c'est un point de vue basé sur une journée, sachant qu'il m'est impossible de me téléporter instantanément là où il se passe quelque chose ; mais en repensant à la superbe expo spéciale Chine, à l'expo Villes du Futur, et même aux Schtroumpfs se baladant en pleine rue de l'année précédente, je ne peux m'empêcher de trouver cette année assez fade, peut-être la faute à la crise qui, si elle n'atteint pas financièrement le Salon, attaque le moral général.
 
     Alors certes, le Festival a connu des déconvenues (changement de directeur et de partenaires), et les premiers retours commerciaux sont plutôt bons, mais gare à ce qu'il ne perde pas son âme : soudainement, je me prends à regretter une époque où le Professeur Choron foutait le dawa au milieu des bulles (de Champagne, il va sans dire).


 


Notes :

1. L'année dernière, les employés municipaux avaient mobilisé dix places de parking vides avec un cordon pendant toute la durée du Festival — alors même que tout le monde se battait pour trouver une malheureuse place libre — non pas pour y garer leur camion, mais simplement afin de pouvoir s'y garer tranquillement le lundi suivant pour tailler les arbres. C'est le genre de chose qui a le don de m'énerver dès mon arrivée MAIS, cette année, cela n'était pas le cas).

Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Bandes Dessinées, catégorie Festivals
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017