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Laurent-Frédéric Bollée et L'ultime chimère

Serge PERRAUD

nooSFere, mars 2008

     Laurent-Frédéric Bollée possède un arc aux nombreuses cordes. Lorsqu'il use de celle relative à l'écriture de scénarii de bande dessinée, c'est pour des récits dont l'ampleur dépasse la condition humaine, c'est pour la mise en scène de personnages peu communs confrontés aux mystères de l'univers.

     Il s'est révélé comme un véritable conteur avec Apocalypse Mania, (Dargaud) une série qui, à travers le parcours d'un homme aux capacités exceptionnelles, nous interroge sur l'existence d'autres civilisations, de formes de vie aux motivations obscures.
     Il revient avec L'ultime Chimère, une série de sept albums réalisés par six dessinateurs différents, selon la formule chère aux Éditions Glénat. Cette fois, il confronte son lecteur, dans un premier temps, avec le patient peu banal d'un établissement psychiatrique...

     Rencontre avec l'auteur qui explicite les grandes lignes de sa nouvelle saga !


     L'ultime chimère, votre nouvelle saga, s'appuie sur l'histoire de la flèche de Nemrod. Vous basez-vous sur le personnage biblique de ce roi-chasseur qui édifia le premier royaume après le déluge ?

     Oui, tout à fait, il s'agit bien de ce Nemrod qui est l'arrière-petit-fils de Noé — ce dernier ayant vécu, nous dit la Bible, 950 ans... Il était tentant, du coup, de s'engouffrer dans ces précisions fantastiques pour essayer de construire une nouvelle histoire de Nemrod, notamment à travers sa fameuse flèche.

     D'où vient la légende sur cette arme si puissante qu'elle blessa même Dieu ?

     Elle vient d'un poème de Victor Hugo, La Fin de Satan. Un récit évidemment génial, fabuleusement évocateur. J'ai repris la base de cette légende (elle sera illustrée par Héloret dans le tome 3) tout en la modifiant assez vite pour qu'on tente d'approcher une autre vérité, assez éloignée d'une notion divine ou biblique... Je veux dire par là que j'ai tenté dès que possible, dans L'ultime Chimère, de m'éloigner d'un canevas historico-ésotérique sur la religion chrétienne et ses mystères. Le mot « Dieu » que l'on cite comme ayant été blessé par la flèche est un nom générique pour signifier que quelque chose est effectivement intervenu pour doter cet objet d'un pouvoir maléfique.

     Après Jacob Kandahar qui possède une mémoire totale dans ApocalypseMania, vous mettez en scène Morgan Shepherd, un homme qui défie le temps. Appréciez-vous particulièrement les personnages aux compétences exceptionnelles ?

     Oui, selon la bonne formule des comics américain où plus un homme est puissant (apparemment) plus il est tentant et intéressant de fouiller ses méandres pour en révéler les failles, les doutes, les drames... Je me suis régalé en affichant les paradoxes de Jacob Kandahar dans la vie de tous les jours dans Apocalypse Mania : à la fois génie total et complètement déphasé par rapport à la réalité quotidienne. Un personnage qui du coup est apparu antipathique à beaucoup mais je le revendique : au moins le héros était-il « différent » ! Dans L'ultime Chimère, Morgan Shepherd vient apparemment des temps anciens mais ce n'est pas pour ça qu'il le vit facilement : au contraire, il ne prononce pas un seul mot de tout le premier tome !

     Dans Le Patient 1167, le premier tome de L'ultime Chimère, l'action se déroule en 2129. Mais votre futur, sauf la station Witzler, ne ressemble-t-il pas beaucoup à notre présent ?

     Oui, mais nous avons quand même introduit pas mal de notions clairement futuristes, notamment donc un siège social d'une société placée en orbite, un tsunami qui a ravagé une partie de l'Europe du Nord, amenant une transformation radicale de la ville de Stokholm, et aussi une machine qui « décrypte » les pensées intimes des gens... C'est tout de même pas mal, non ? Nous n'avions pas comme but, de toute façon, de proposer un futur radicalement différent ou empreint d'une grande volonté d'anticipation car là n'était pas le propos.

     Votre série, telle qu'elle est présentée, s'étend sur une période qui va du XXVIe siècle avant J.-C. jusqu'en 2129. Votre intrigue va-t-elle se dérouler à différentes époques ?

     Le récit contemporain se déroule au XXIIe siècle, en effet, il fait environ un tiers des planches totales. Ensuite, nous avons plusieurs séquences se déroulant en des lieux et des époques différentes : il y a donc « l'épisode Nemrod » (XXVIe siècle avant JC), mais aussi trente planches se déroulant à Amboise entre 1516 et 1519, une séquence d'exploration d'une île mystérieuse dans la deuxième moitié du XIXe siècle, une à Berlin en 1945 et deux albums ou presque sont consacrés à l'histoire d'un écrivain anglais maudit entre les années 1962 et 1967.

     Lorsque vous concevez une saga comme celle-ci, travaillez-vous d'abord sur l'intrigue ou sur la construction des personnages centraux ?

     Cela va forcément de pair. On pense d'abord à la progression d'une intrigue et à la mise en place de quelques ressorts narratifs, mais très vite ceux-ci deviennent creux s'il n'y pas de personnages pour les incarner. C'est alors un deuxième processus qui s'enclenche : la vie et le parcours des personnages dans le premier cadre que l'on a imaginé génère d'autres idées et d'autres développements. Et du coup l'intrigue progresse de nouveau, parfois dans des voies auxquelles on n'avait pas songé mais qui apparaissent évidentes après coup. Un cercle quasi vertueux !

     L'ultime Chimère : pourquoi ce titre ? L'ultime Chimère n'est-elle pas celle d'Arthur Witzler qui voudrait accéder à l'immortalité ?

     Le titre générique fait effectivement référence à cette notion de rêve un peu fou que nous avons tous en nous... et que tous les personnages cherchent plus ou moins, en fonction de leurs aspirations profondes. Celui de Witzler s'assimile plutôt à la quête de la puissance, financière ou même politique. Celui de Léna Ekstrom, la jeune médecin suédoise, est sans doute l'amour. Et celui de Morgan Shepherd, ne serait-il pas le dernier de tous, l'ultime : la mort ?

     Votre histoire est mise en images par six dessinateurs différents. Avez-vous déjà travaillé (dans le domaine de la BD) avec une aussi grosse équipe ?

     Non. C'est une première. Un scénariste, six dessinateurs, deux coloristes : cela fait bien neuf signatures artistiques ! Une expérience formidable.

     Ce mode opératoire a-t-il influencé le développement et les péripéties de votre histoire ?

     Non, parce que je suis arrivé chez Glénat en leur proposant ce concept. Et avant même de savoir s'ils allaient ou non retenir le principe des dessinateurs multiples, j'avais déjà conçu le projet comme étant une succession d'histoires dans l'histoire.

     Avez-vous adapté des parties du scénario, par exemple, celles relatives aux lieux, époques, décors, en fonction des dessinateurs, de leurs souhaits, de leurs savoir-faire ?

     Pas vraiment... Chacun a vite trouvé sa place et il n'y a eu aucun conflit pour telle ou telle séquence — tout le monde a eu ce qu'il voulait, par exemple Fabrice Meddour qui est un grand fan de Léonard de Vinci ! Il n'y a guère qu'avec Héloret, je crois, où j'ai légèrement adapté mon récit : lorsque j'ai vu qu'il se lâchait complètement sur l'épisode de la légende, je lui ai réservé des planches encore plus folles, avec de grands dessins magnifiques et fantastiques !

     Vous faites dresser par Arthur Witzler, un constat assez négatif : « Le monde et la vie des hommes sont désespérément banales et sans surprises. Il n'y a pas de Dieu, pas de mystères, pas d'échappatoires ! » Pourtant l'existence n'est-elle pas riche en découvertes de toutes natures ?

     Oui, bien sûr, mais par rapport à mon récit, l'idée est que ce milliardaire, qui a mis sur pied une Fondation pour essayer justement de percer quelques mystères de la vie, qui a mis sur place d'énormes moyens pour tenter de retrouver des objets sacrés, des reliques, des témoignages de phénomènes paranormaux ou seulement intrigants, des preuves de manifestations extraordinaires — eh bien il n'a rien trouvé ! C'est alors qu'apparaît enfin un vrai mystère, mais de la manière la plus inattendue : juste un homme, interné dans un asile, qui ne parle jamais. Il n'y a pas moins spectaculaire et c'est évidemment ce à quoi je voulais arriver : derrière les recherches à la Indiana Jones, derrière les machines les plus sophistiquées, il n'y a rien de concret. Mais dans les yeux d'un simple humain, un « fou », il y a peut-être le secret le mieux gardé du monde...

     Travaillez-vous sur d'autres albums ? La série ApocalypseMania continue-t-elle ?

     ApocalypseMania continue pour encore deux albums, qui seront les derniers et qui concluront de manière claire et ferme la série. Tout est déjà écrit, Philippe Aymond dessine actuellement le 7e tome qui sortira à la fin de l'année ou au tout début 2009. Je suis très content de cette fin en dyptique, qui sera à mon avis assez forte. Je travaille également sur le découpage d'un projet en cinq albums : L'Idole & le Fléau, à paraître chez un nouvel éditeur qui s'installe actuellement sur le marché de la BD... Et puis, il y a d'autres idées, qui sont en finalisation, toujours chez Glénat.

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