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Eric Corbeyran installe ses Uchronie[s] chez Glénat

Serge PERRAUD

nooSFere, janvier 2008

     Faut-il encore présenter ce scénariste qui, en une dizaine d'années, s'est imposé comme l'un des maîtres de la BD de fantastique ?
     Auteur prolifique, à l'oeuvre polymorphe, il explore sans cesse de nouveaux territoires, ne s'interdisant aucun sujet, aucun thème. C'est ainsi qu'il promène une curiosité sans limites entre le thriller pur et dur, la poésie décalée, la fable sociale, le fantastique, les mondes parallèles et les uchronies. Ces derniers domaines lui offrent l'occasion de développer des idées et des concepts originaux.
     Il est également à la recherche de nouveaux défis. Les Éditions Glénat, qui ont initié une forme nouvelle de création en réunissant plusieurs dessinateurs autour d'un scénariste, pour une même histoire, ne pouvaient que l'attirer.
     Après Back World en août 2007, il s'installe chez l'éditeur avec Uchronie[s], une série de dix albums, publiés en trois ans, dont le premier tome est disponible dès le 17 janvier 2008.

     Mais qui, mieux que l'auteur, saura nous présenter l'histoire qu'il a imaginée pour notre
plus grand plaisir ? Alors suivons les explications qu'il a livrées à Serge Perraud !
 

     Votre toute nouvelle saga, qui s'intitule Uchronie[s], est présentée en trois séries se déroulant dans trois univers parallèles. Faites-vous des distinctions entre Uchronie et univers parallèles et si oui, lesquelles ?

     Le titre de notre projet, Uchronie(s) est un pluriel et nous explorons trois de ces univers parallèles ? En existe-t-il d'autres ? Certainement, mais dans ce cas, on peut éventuellement parler de « multivers ». Mais je préfère laisser le soin aux spécialistes de suggérer des étiquettes et d'établir de subtiles distinctions. Pour moi, Uchronie(s) est avant tout un projet ambitieux qui nous suggère que notre réalité n'est peut-être pas tout à fait aussi « réelle » qu'on le croit.

     Les mondes parallèles reviennent régulièrement dans votre œuvre. Qu'est-ce qui vous attire et vous passionne dans ce thème ? Ne sont-ils pas synonymes de liberté pour un créateur ?

     Ils ont l'avantage de présenter un terrain de jeu entièrement vierge (ou presque). C'est un régal pour les créateurs que nous sommes. Tout est permis, tout est possible, à partir du moment où l'on reste vigilant sur la cohérence de l'ensemble. Le « monde parallèle » est aussi une « loupe » très pratique pour grossir ou mettre en avant certains aspects de notre propre monde et ainsi mieux souligner ses travers ou ses carences.

     Les trois cycles ont pour titre : New Byzance, New Harlem et New York. Ces cités nouvelles sont-elles situées géographiquement sur celles que nous avons connues ou connaissons aujourd'hui ?

     Nous avons choisi New York car cette ville est un symbole très fort du monde occidental. Elle fascine les uns, révulse les autres. Mais quoi qu'on en pense, son rayonnement est immense à travers le monde. Les trois récits ont donc ce lieu en commun. Son apparence est différente dans New Byzance car remodeler la physionomie d'une ville, c'est se l'approprier, d'où le mélange des styles (buildings modernes métissés d'architectures orientales). L'aspect de New Harlem rappelle en revanche le New York que nous connaissons tous, rien n'a été modifié dans la forme. Par contre, la caste dirigeante et les membres de l'élite ont changé de « couleur de peau », le pouvoir est aux mains de la minorité afro-américaine.

     Pourquoi imaginez-vous un monde où « les femmes n'occupent plus le moindre rôle d'importance » ? Sur quoi vous basez-vous pour aller dans cette direction ?

     New Byzance est un monde d'hommes dirigé par les hommes. Le rôle subalterne de la femme n'est qu'un des aspects de cette idéologie dominante. La pensée est également sous contrôle et toute déviance sanctionnée.

     Pourtant, dans le premier tome de New Byzance, je trouve que les femmes se comportent avec assurance et jouent un rôle social. La contradiction n'est-elle qu'apparente ?

     Il n'y a aucune contradiction. Ce n'est pas parce qu'un gouvernement (ou une personne) décide une chose qu'elle est forcément vraie. C'est ce que nous démontre le récit.

     Le personnage principal est Zacharie Kosinski, un prescient. Pouvez-vous définir mieux ses capacités et ses fonctions ?

     Le rôle du prescient dans New Byzance est de projeter des rêves dans l'esprit de ceux qui pensent que le système dans lequel ils vivent est « mauvais ». Ces rêves mettent en scène un autre système dans lequel la situation est pire. Ce traitement est très traumatisant car il agit directement sur le cerveau et généralement, les déviants reviennent vite à de meilleurs sentiments vis-à-vis du système en place. Dans New Harlem, le rôle du prescient est différent. Son talent est mis au service de l'économie du pays. On l'utilise pour connaître l'avenir et ainsi réaliser de meilleurs investissements.

     Par contre, dans la société que vous décrivez, n'amplifiez-vous pas le mouvement actuel qui consiste à « éliminer » ceux qui ne sont plus en adéquation avec leur fonction sociale ?

     En effet. Efficacité à la tâche et conformité de pensée sont deux critères importants dans nos sociétés. Dans Uchronie(s), qui est une fiction, je ne fais que forcer un peu le trait.

     Vous dotez la société de New Byzance d'un régime religieux très puissant, quasiment intégriste. Est-ce ainsi que vous voyez l'avenir ? Est-ce un retour vers un type de civilisation que l'on a connu en Occident au Moyen-âge ?

     L'avenir de notre monde est incertain, mais il n'est pas inconcevable de voir surgir un « mouvement mondial alimenté par l'identité religieuse radicale ». Alexandre Adler nous offre d'ailleurs un scénario de ce type dans son ouvrage Comment sera le monde en 2020. En revanche, je ne vois pas de « retour » possible. L'histoire ne repasse jamais les plats. Le danger revêt toujours une forme nouvelle pour mieux nous surprendre.

     Est-ce vous ou Éric Chabbert qui avez remplacé, pour les personnages féminins, le voile par un masque qui semble plus fait pour lutter contre la pollution ?

     Une « raison valable » permet parfois de faire accepter certaines mesures discriminatoires. Dans le cas du voile, pourquoi pas l'hygiène ? Cependant personne n'est dupe.

     Vous baptisez le nouveau régime politique et social en vigueur dans New Byzance, L'Utopie Fondamentaliste. Que recouvre cette appellation ? Les mots ne sont-ils pas antinomiques ?

     Dans son roman 1984, Orwell se sert de ce genre de tournure de style (souvenez-vous : « l'esclavage c'est la liberté ») pour mieux faire comprendre l'hypocrisie de ce genre de système. L'oxymore de l'intitulé ne fait qu'en renforcer le paradoxe. C'est une illusion de liberté.

     Cependant, vous montrez que, malgré des lois strictes, il y a toujours des lieux qui échappent à l'application de celles-ci, pour les nantis des régimes. Est-ce par souci de vérité ?

     Ce n'est un mystère pour personne. De tout temps, dans tous les systèmes, quel que soit le poids des interdits, il y a toujours moyen de les contourner et il existe des passe-droits qui vous placent au-dessus des lois. Profiter de ce qu'on interdit aux autres doit être l'une des plus grandes jouissances de ceux qui détiennent le pouvoir.

     Vous imaginez New Byzance comme une cité avant-gardiste avec des bâtiments très futuristes. Mais au niveau du sol vous recréez le monde des bazars orientaux, des souks... La coexistence vous parait-elle possible dans le futur tel que vous le décrivez ?

     Possible, non. Je ne l'envisage que pour servir mon propos. Pour une fiction, le principal est que cela reste crédible.

     Votre saga de dix albums va être publiée en trois ans, grâce au concours de dessinateurs différents. Est-ce pour vous une nouvelle approche de votre travail de scénariste ?

     La voie a été ouverte par Le Décalogue de Franck Giroud, que je salue ici pour ses initiatives et ses idées remarquables. C'est très excitant pour un auteur de pouvoir réaliser sur une durée relativement courte un projet qui aurait pris 10 années dans d'autres conditions. Je pense qu'il est nécessaire aujourd'hui qu'on se penche sur la manière d'aborder une série en bd.

     Avez-vous fait le choix des lieux en fonction des goûts des dessinateurs ?

     Très tôt, Eric (Chabbert) m'a confié qu'il avait très envie de recréer un New York orientalisé. Il s'est beaucoup investi dans les décors et son travail d'orfèvre participe énormément à la crédibilité du scénario. Djilali (Defali) préférait pour sa part dessiner la ville telle qu'on la connaît aujourd'hui. Je lui ai donc passé toutes les photos que j'ai réalisées lors de mon voyage en mai à New York. Il a fait lui aussi un très beau travail. Il n'y a que Tibery qui n'a pas vraiment eu le choix du lieu puisque les deux autres étaient déjà distribués, mais il s'en est parfaitement accommodé et son travail est de qualité.

     Malgré les vœux de vos éditeurs j'imagine que vous avez encore nombre de séries « sur le feu » et des projets en quantité. Sur quels albums allons-nous retrouver « la patte » Corbeyran au premier trimestre 2008 ?

     Nanami et Okhéania sortiront en janvier sous le label Dargaud. Avec ces deux titres, je renoue un peu avec des ouvrages lisibles également par un public plus jeune. Egalement chez Dargaud, le tome 2 des Véritables légendes urbaines sort en février ; de quoi frémir encore ! Nelson Lobster (Delcourt) reprend du service en février et continue à nous raconter sa vie faite d'aventures et de dangers. Les seconds volets des Hydres d'Arès et de Trop mortel verront également le jour en février chez Delcourt. Enfin, le 2e recueil des récits de Zélie et compagnie, initialement publiés dans le magazine D.Lire, sortira chez Bayard, en février aussi. Je crois que j'ai fait le tour de mes nouveautés pour ce début d'année.


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