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Rencontre avec Paul Teng

Serge PERRAUD

nooSFere, novembre 2006

          Rencontre avec Paul Teng, par Serge Perraud

 

          Le parcours estudiantin de Paul Teng ne le prédestinait pas à devenir dessinateur de Bande dessinée. Mais la passion en a décidé autrement et a triomphé de l'orientation vers une voie scientifique : l'anthropologie. Cependant, la BD ne permet-elle pas, d'une certaine façon, d'étudier « les caractères anatomiques et biologiques de l'homme considéré dans la série animale » (définition du Robert).
          Paul Teng réalise alors, selon les commandes, dessins de planches, colorisation et scénarii, de western et de récits historiques. C'est d'abord dans Shane qu'il confirme un talent certain, puis il s'impose dans le cycle de L'Ordre Impair.
          Rencontre avec un auteur attachant qui travaille actuellement sur le quatrième volume d'une série qui commence à s'imposer.

 

          Comment êtes-vous venu à L'Ordre Impair ?

 

          C'est une rencontre avec Rudi Miel, à l'occasion de la fête organisée par les Éditions du lombard, pour les 50 ans de dessin de Tibet. Comme je venais de terminer Shane, il m'a proposé cette série en collaboration avec Cristina Cuadra. Cristina est historienne de formation, spécialiste de Moyen Âge. C'est surtout sa participation qui m'a convaincu pour le projet...

 

          En parcourant votre bibliographie, on constate que vous avez plutôt oeuvré dans la BD historique. Avec L'Ordre Impair, vous restez dans la BD historique, mais vous abordez également le monde contemporain. Est-ce votre première approche de ce monde ?

 

          En effet, ce que j'ai fait comme dessinateur concerne surtout la BD historique. C'est avec la série de L'Ordre Impair que j'aborde vraiment le monde contemporain. Pour moi, cette approche est toute nouvelle. J'apprends à chaque tome : l'esprit, les tournures des vêtements, les décors et accessoires. Au début, je n'étais pas à l'aise. J'ai fait beaucoup de recherches pour avoir les bonnes formes, avoir les bonnes documentations au bon moment. Je voulais également ne pas copier ce qu'ont fait les autres, les collègues qui oeuvrent déjà dans le dessin contemporain. Je pense, et je l'espère en tout cas, que j'améliore cette partie là.

 

          Toutefois, ne faisiez-vous pas déjà du « contemporain » avec les histoires courtes que vous dessinez pour les magazines ?

 

          Si, mais sur un niveau moins exigeant que pour L'Ordre Impair. On me demande de retranscrire une ambiance, de mettre en scène des situations. Pour L'Ordre... , il faut les deux : restituer l'atmosphère et apporter une véracité aux vignettes avec des éléments réels.

 

          Comment travaillez-vous ? Avez-vous une latitude par rapport au scénario ? Disposez-vous d'une certaine liberté pour faire valoir votre point de vue ?

 

          Je ressens toujours une certaine liberté dans le dessin. En même temps, je suis fidèle au texte. Je ne change ni les dialogues, ni les péripéties. Cependant, j'ajoute des petites cases, surtout dans les scènes d'action, pour avoir plus de dynamisme, pour mieux raconter une scène à travers les images. Les scénaristes n'ont pas toujours une bonne vision des différentes phases d'une action et de la succession d'images nécessaires pour la mettre en œuvre. Souvent aussi, (mais pas pour l'Ordre Impair) on trouve trop de dialogues, trop d'informations à mettre dans une seule case. Donc, dans ce cas, j'ajoute les cases nécessaires pour que ce soit plus clair. Cependant, j'en parle avec les scénaristes et je le fais avec leur accord.

 

          Comment êtes-vous venu à la BD après des études d'anthropologie ?

 

          Le dessin a toujours été ma grande passion, depuis mon enfance. Après quelques années d'étude, j'ai décidé de suivre mon rêve...

 

          Avez-vous tout de suite été attiré par la BD historique ?

 

          D'un coté, je suis un passionné du dessin, et de l'autre de l'histoire. C'est la réunion de deux engouements. La combinaison est idéale. Que demander de plus ?

 

          Quel a été le premier album que vous avez signé et vos premiers travaux publiés ?

 

          C'est Le choix de l'aigle, le tome 1 de la série Delgadito. C'est une série de quatre tomes en noir et blanc. Un western avec un Apache pour personnage principal.

 

          Dans votre bibliographie française, on ne trouve pas de BD signée Paul Teng entre 1984 et 1992. Faisiez-vous d'autres travaux ?

 

          Avant mon arrivée au Lombard, j'ai fait deux albums pour la division de Casterman en Hollande, qui n'ont jamais été traduits. Tous les deux portaient sur l'histoire de l'anarchisme. Libertair Intermezzo sur la Guerre Civile en Espagne, et Les Amis d'Igor Steiner sur celle en Russie, après la Révolution de 1917. Nous nous inscrivions dans le style des Romans À Suivre de l'époque...
          Pour le Lombard j'ai commencé avec les deux biographies russes, sur des scénarii de Vladimir Volkoff.

 

          Vous avez illustré, sur le scénario de Di Giorgio, cinq tomes de Shane. Comment avez-vous abordé cette série ?

 

          Quand Jean-François m'a proposé cette série, c'était bien en ligne avec ce que j'avais commencé sur les histoires de Volkoff sur Saint Vladimir et Alexandre Nevski. J'étais déjà immergé dans l'époque médiévale. Je me suis concentré ensuite sur des sources anglaises, qui sont très riches pour cette période-là...

 

          N'êtes-vous pas tenté de refaire quelque série similaire ?

 

          Si, le Moyen Âge reste, pour moi, une période intéressante, avec plein de possibilités pour la BD.

 

          Comment réunissez-vous la documentation nécessaire à vos dessins ?

 

          Je visite des musées, des monuments historiques. Je fréquentation assidûment des bibliothèques, des librairies. Mais, de plus en plus, Internet prend le pas sur les visites physiques. La recherche de documentation en est grandement facilitée.

 

          Combien menez-vous de séries de front ?

 

          Actuellement, une seule : L'Ordre Impair. Cependant, à côté, je réalise des histoires courtes pour des magazines aux Pays-Bas, particulièrement pour un magazine de jeunes filles. Mais ce sont des histoires qui n'ont rien à voir avec le fantastique.

 

          N'êtes-vous pas également scénariste ?

 

          Présentement, non ! On me donne des scénarios, des textes que je mets en images. Par contre, j'ai été scénariste pour des albums sortis en néerlandais. Faire des scénarios en français est pour moi très compliqué, trop risqué car je ne maîtrise pas suffisamment la langue. Ecrire dans une langue étrangère demande de la maîtriser parfaitement, sinon on n'arrive pas à mettre les mêmes nuances, les mêmes subtilités dans les dialogues que dans sa langue maternelle.

 

          Donc, L'Ordre Impair en Néerlandais, c'est vous qui l'écrivez ?

 

          Non, je ne suis pas chargé de faire la traduction. Je fais une traduction en travaillant, mais ce n'est pas la traduction officielle de l'album publié.

 

          Pourtant, vous avez, d'après ce que je peux savoir, scénarisé des albums, comme, par exemple, quatre tomes de Delgadito entre 1981 et 1984 ?

 

          Oui, et les deux albums pour Casterman Pays-Bas. Mais je travaillais, avec grand plaisir d'ailleurs, en néerlandais. Il faut du temps pour faire une bonne traduction, ... et ce temps je choisis de le destiner au dessin.

 

          Que préférez-vous faire : les personnages, les décors, les animaux... ?

 

          Ce sont les personnages. J'aime dessiner les visages, faire des portraits, essayer de faire passer des émotions, de créer des types de personnages. Imaginer et créer des individus sur le papier. A partir de ce que donne le scénariste, le dessinateur est le metteur en scène. Et ça, ça me plait !

 

          Avec votre dessin, n'aimez-vous pas plus suggérer que montrer ? Plus donner l'idée que la représentation ?

 

          C'est l'éternelle question de trouver l'équilibre entre les deux. Je n'oserais pas dire que je réussis toujours, c'est plutôt instinctif...

 

          Etes-vous également coloriste ?

 

          Sur cette série, je ne fais que le dessin.

 

          Pensez-vous que le dessinateur doive aussi assurer la couleur pour une meilleure cohérence de la page ?

 

          J'avoue tout de suite que je ne suis pas un bon coloriste. Ce sont des professionnels ; Graza par exemple, qui a fait le plupart des albums, « lit » très bien mes dessins, et ajoute beaucoup au niveau d'ambiance...

 

          Actuellement, travaillez-vous sur le tome 4 de L'Ordre Impair ?

 

          Oui, et à plein temps. On a pris du retard et il faut que je rattrape un peu. J'essaie de faire en sorte que le planning soit tenu...

 

          C'est une série prévue en cinq tomes. Va-t-elle rester à cinq tomes ?

 

          Pour l'instant, il n'y a pas de choses nouvelles qui se rajoutent. Le scénario est cadré. Mais on ne sait jamais. Si, tout d'un coup, cela devenait un énorme succès, on serait sans doute appelé à faire une série parallèle, un complément, une suite. Dans ce cas, cela serait possible, mais sinon... on restera à cinq !

 

          Vous dessinez pour les Editions du Lombard depuis 1992.

 

          Oui, Oui. Je suis bien et jusqu'à maintenant, je n'ai jamais eu besoin de changer ou de chercher ailleurs. C'est un éditeur qui traite bien ses auteurs.

 

          Avez-vous d'autres projets ?

 

          Oui, il y a un autre projet en préparation. Mais, j'ai encore deux ans de travail, donc, j'ai le temps de voir.

 

          Vous avez la fin de l'intrigue de L'Ordre Impair ?

 

          Oui, bien sûr. Mais il serait dommage de casser le suspense. Je peux cependant vous révéler que la fin est assez surprenante.

 

          Stand des Éditions Dargaud — Le Lombard — salon du Livre de Paris — 18 mars 2006
          nooSFere, octobre 2006
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