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Rencontre avec Nicolas Hamm

Stand des Éditions Dargaud - Le Lombard - Salon du Livre de Paris - 18 mars 2006

Serge PERRAUD

nooSFere, juillet 2006

     Grun est le dessinateur coloriste de La Conjuration d'Opale, alors que Nicolas Hamm en est le co-scénariste avec Éric Corbeyran. Ces deux nouveaux venus dans l'univers de la BD participent à une série qui n'a pas laissé les lecteurs indifférents, lors de la sortie du premier tome en mars 2005. Ils récidivent avec La Loge, la suite parue en mars 2006 chez Dargaud. Rencontre avec deux auteurs qui s'affirment.


*


     Vous participez au scénario de La Conjuration d'Opale avec Éric Corbeyran. Est-ce votre première incursion dans le scénario de BD ?

     Hamm : Oui, effectivement. Mais, c'est une histoire d'amitié. Un dessinateur de BD, un garçon qui fait des gros nez et qui s'appelle Margerin, me présente à Eric Corbeyran. On sympathise. Et Eric a, parmi ses projets, la folle idée, pour avoir vécu adolescent à La Rochelle, de construire une histoire qui a pour point de départ le siège de La Rochelle. Et puis, au cours de la discussion, de fil en aiguille, il me propose d'y participer. Pourquoi moi ? Parce qu'il voulait mettre dans son scénario une trame, disons isotéro fantastique et ...qu'il connaissait ma passion pour le bizarre et autres mystères. Ce n'était pas évident. Après réflexion et recherches, une idée a germé et de cette idée, assez simple ma foi, est née La Conjuration d'Opale.

     Vous êtes historien ?

     Ah non ! Pas du tout.

     Vous avez cependant plaisir à évoluer dans l'histoire ?

     Oui, tout à fait. Cependant, je ne connaissais pas particulièrement cette période. D'ailleurs, très curieusement, cela a été difficile car la Guerre de Trente Ans est une époque assez méconnue. Ce qui est frappant, par contre, quand on s'intéresse à cette partie du 17è siècle, c'est le parallèle que l'on peut faire avec notre situation actuelle et la construction européenne. On le découvrira mieux dans la suite de l'histoire. Bien sûr, l'Europe était à feu et à sang à cause des guerres de religion, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Mais on retrouve l'émergence d'une vie économique « transfrontalière », des brassages de populations. Je pense que, dans trois cents ans, le gars qui fera le même travail que moi, aura du mal à expliquer la directive Bolkestein, comme moi, j'ai eu du mal à saisir le tenants et les aboutissants de la Guerre de Trente Ans. Ce qui était difficile, initialement, c'était de concevoir un récit qui puisse se dérouler dans un contexte historique précis sans nuire à l'intrigue. Ce n'est pas une BD historique, c'est une épopée isotéro fantastico romanesque.

     Le choix de la Guerre de Trente Ans s'est-il imposé ?

     C'est parti du désir d'Éric Corbeyran de vouloir s'attacher à La Rochelle. Quand on parle de La Rochelle, nécessairement, on pense au siège. Donc... à cette Guerre de Trente Ans. Et ce conflit a quelque chose d'assez extraordinaire en soi. Je ne suis pas historien au sens où on l'entend habituellement mais beaucoup de domaines m'intéressent et j'aime fréquenter les bibliothèques. De plus, l'aime relever les défis. Et puis essayer de dénouer les fils de cette période où la situation politique, sociale, humaine était très difficile me tentait.

     A-t-on une bonne perception de cette situation aujourd'hui ?

     On la perçoit mal, parce que c'est une situation très complexe. J'en veux pour preuve les reproches qu'on a pu nous faire sur cette jeune et jolie métisse, dans ce dédale de guerriers stéréotypés. L'explication simple et rationnelle de sa nudité est celle-ci : elle plonge pour aller récupérer sur un bateau, la pierre cachée par son père. Et puis, elle vient d'une civilisation qui n'a pas le même rapport à la nudité que la société française, quoique... Il faut savoir qu'à cette époque, il y a longtemps que les routes commerciales avaient été ouvertes. Les comptoirs africains existaient depuis de nombreuses années. Les Hollandais, les Portugais sont sur les côtes de ce continent depuis presque cent cinquante ans. Ce qui explique facilement la présence de métisses sur le sol européen. Le brassage des populations existait. Les gens se promenaient avec des animaux de foire. Dans le tome 2 une partie de l'histoire se déroule à Anvers. C'est la plus grande ville du monde, à l'époque. C'est la ville du grand commerce, c'est la porte de l'Orient. Il faut rappeler que notre histoire est une BD, un récit qui se déroule dans un contexte. Ce que nous avons voulu retenir, c'est le climat de l'époque, les dates et les grands événements. Le reste relève d'une large part imaginative.

     Comment concevez-vous la partie romanesque ?

     On tord un peu le cou à certaines idées reçues. Le trio de héros peut paraître très stéréotypé. Cependant, au fil de l'histoire, les lecteurs vont découvrir que, comme dans la réalité, les choses ne sont pas si simples : la grosse brute épaisse va s'avérer quelqu'un de plus réfléchi ; le beau gosse de service va s'avérer plus fragile et plus... ; et Walaya, qui a un tempérament très particulier ... De plus, les lecteurs vont découvrir la signification de son prénom. C'est un prénom connu. Cependant, il ne faut pas oublier que c'est également une De Martray.
     On s'est amusé à prendre des personnages qui, au fil de l'histoire vont se découvrir, se révéler. Je livre un petit indice : tous trois sont issus de religions monothéistes !

     Est-ce l'une des clés ?

     C'est, en tout cas, un lien indispensable, à mon sens, avec le contexte de l'époque, si l'on veut être en adéquation avec le dénouement. La fin de l'histoire est déjà écrite. Beaucoup d'éléments sont instillés dans l'intrigue soit graphiquement, soit scénaristiquement.

     Le scénario n'évoluera plus ?

     Non, non !

     Vous êtes partis de la conclusion ?

     On est parti d'une bible étayée par la vie de nos personnages, des personnages héritiers d'un serment. Donc, nous avons dû écrire complètement leur histoire, celle de leurs aïeuls aussi et également celle de leur descendance. Ensuite, on a calé les époques, parce qu'on voyage dans cette série. On va bouger dans le temps. Pas énormément, on reste dans le 17è siècle. Notre ambition est de pouvoir, à partir d'un récit qui semble hyper classique de le faire évoluer au fil du temps et de... peut-être piéger le lecteur.

     Avec Nostradamus, n'introduisez-vous pas une grande part d'ésotérisme et de fantastique ?

     Absolument ! Il y a une partie de la vie de Nostradamus où il disparaît quasiment, où on a très peu de traces de lui. C'est cette période que nous avons retenue. Il soigne les pères de nos conjurés, il soigne des lépreux. Nostradamus a laissé le souvenir d'un alchimiste, mais c'était surtout un courtisan, un grand courtisan ! C'est un monsieur qui a un parcours très particulier. Mais il était bien à Marseille à l'époque où débute La Conjuration d'opale. Et peut-être que Nostradamus... Comment expliquer ? C'est difficile d'en parler sans dévoiler des clés. Ce que je peux vous dire, c'est qu'au départ, Nostradamus n'était pas du tout prévu. On s'amuse à dire qu'il nous a mystifiés en arrivant dans notre histoire. On cherchait des éléments, quelque chose d'ésotérique, mais aussi de mystérieux. L'homme est toujours à la recherche d'un ailleurs, d'un au-delà. Et plus particulièrement des causes mystiques. On le voit bien aujourd'hui : quand tout va mal l'homme se cherche des raisons d'espérer, auprès de Dieu ou d'autres... croyances. On voit actuellement l'importance qu'ont prise les sectes. Nostradamus est venu tout naturellement prendre une place. Il s'est imposé à nous !

     Quelle est la réalité de cette loge mystérieuse ?

     Ah la loge Ars Mania ! Cette loge a un gros point commun avec nos gros lobbies d'influence. Il suffit d'aller au parlement de Strasbourg, à Bruxelles, partout où les politiques et le monde d'affairistes interviennent pour se rendre compte que tout est lobby, aujourd'hui. Donc Ars Mania tient le même rôle, avec les moyens de l'époque, et les ambitions qui sont très communes avec celles développées aujourd'hui. On découvre un peu plus cette structure dans le tome 2. Il faut savoir que dans cette loge, il y a des courants d'idées qui s'opposent. Nostradamus était membre de la loge. On parle de Frère Michel.

     N'avez-vous pas laissé entendre qu'on avait presque tous les éléments dans le tome 1 ?

     Ah ! Les clés ne sont pas toujours évidentes. On a cherché à compliquer les choses avec, par exemple, des évidences qui ne semblent rien dissimuler. Mais... dans les mots employés par les héros, par les situations dans lesquelles ils se trouvent... Bien sûr, il y aura beaucoup de surprises... notamment les opales ! L'opale est une pierre semi-précieuse extrêmement symbolique. Mais vous allez voir, on va encore être surpris par ces joyaux, ...et le rôle qu'elles peuvent jouer dans l'histoire.

     Maintenant que vous avez quasiment fini l'intrigue, avez-vous d'autres projets de scénarios de BD ?

     Quasiment terminé ? Oui, enfin... On a la trame, on sait où on veut aller, où on va, mais la ligne dramatique reste encore à construire. Là, actuellement, on finalise le tome 4. Grun est en train de réaliser Gènes, le prochain. Donc, d'autres projets pour l'instant, non ! Pour moi, je m'adonne à la BD pendant le temps que me laisse mon activité professionnelle. Je ne dis pas que si quelques idées fleurissent, par ci par là...

     Vous n'allez donc pas assurer, en tant que seul scénariste, une BD ?

     Non, je ne pourrais pas. Ce n'est pas possible et je me l'interdis. Cependant, participer à quelques projets... avec des amis...

     Merci beaucoup.

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