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Spirou, Jean Doisy, la résistance belge et ma (peut-être) conversion déïste

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          Comme souvent, le café du matin me remet en mémoire la lecture principale de la nuit. Fructueuse lecture, mais acrobatique. En effet, le fort volume relié grand format de 320 pages, « La Véritable Histoire de Spirou 1937-1946 » n’est pas si facile que cela à lire allongé dans son lit. Sans être très lourd, il est assez malcommode à caler... Ces légères crampes dans les membres supérieurs qui subsistent au réveil sont cependant un prix bien faible à payer, plus faible que les 55 euros que coûte tout de même cette somme signée Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault. A comparer aux 24 euros, fort doux, du « Spirou par Rob-Vel, l’intégrale 1938-1943 », chez le même éditeur, avec le même nombre de pages et la même présentation. Les Editions Dupuis ont dû penser que cet essai se vendrait nettement moins que le recueil de BD et qu’il faudrait se rattraper sur le prix. Bizarreries mesquines du monde de l’édition...

 

          En attendant, cet ouvrage est juste extraordinaire par la richesse et la précision de la documentation qu’il apporte. C’était presque inespéré... Visiblement, la conservation des documents n’est pas un vain mot dans la famille des imprimeurs-éditeurs Dupuis de Marcinelle (Belgique), et le fac-similé que qualité, on sait ce que cela veut dire : reproductions de photographies, de lettres et autres somptueux incunables débordent littéralement des pages, et l’objet s’avère une fête pour les yeux. Le prix de 55 euros est déjà bien oublié !

 

          Finalement, plutôt que d’une histoire du personnage de Spirou ou du « Journal de Spirou », ce serait plutôt une histoire de la famille Dupuis, et de ses collaborateurs les plus proches que nous offrent Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault. Et singulièrement, dates obligent, leur histoire pendant la Deuxième Guerre mondiale. Et la période de la guerre, de l’occupation de la Belgique, puis de sa libération, c’est quelque chose d’assez dramatique, pittoresque, drôle et tragique en même temps !

 

          On l’avait déjà bien compris en lisant la préface de « Spirou par Rob-Vel, l’intégrale 1938-1943 », le drôle de groom (et le journal auquel le personnage donne son nom, qui est sa raison d’être) relève largement de la création collective. Mais là, nous entrons dans les détails, et maints aspects qui m’avaient laissé un peu pensif trouvent là leur explication, ou plutôt, leurs explications, parfois légèrement contradictoires... C’est que les auteurs n’hésitent pas à donner la parole à différents protagonistes de l’époque, lesquels ne tiennent pas toujours le même discours sur tel ou tel aspect de l’épopée marcinellienne (du temps où « Marcinelle marcinellait », pour reprendre une expression clin-d’œil d’Yvan Delporte : on est en Belgique, ou on n’y est pas !) Il est toujours étonnant — on devrait pourtant y être habitué — de voir comment le temps fait diverger les souvenirs des uns et des autres, parfois sur des points fort épineux.

 

          La personnalité sur laquelle j’ai le plus appris à la lecture de cette « Véritable Histoire de Spirou » est celle de Jean Doisy (1900-1955). Ce polygraphe belge, de son vrai nom Jean-Georges Évrard, premier rédacteur du « Journal de Spirou », était un sacré personnage ! De sensibilité communiste, anti-fasciste militant (il n’avait pas les copains rexistes d’Hergé, lui...), ce diable d’homme est tout de même parvenu à faire vivre le « Journal de Spirou » alors que la Belgique se trouvait sous la botte nazie. Un exploit improbable, qui aurait pu très mal tourner : le major Kreft de la « Propaganda Abteilung » avec lequel il devait négocier avait beau être un assez brave bougre (« un homme très fin, cultivé, « pas nazi pour deux sous et plein d’humour, qui jouissait beaucoup de l’ambiguïté de la situation » »), c’était tout de même un moment de l’histoire où l’on pouvait se retrouver fusillé ou déporté pour un oui ou pour un non. Il fallait savoir choisir ses mots... et faire quelques concessions à la propagande allemande, pour « donner le change » (c’est l’expression employée). Par exemple, le petit article signé « Politicus », inséré dans « Le Journal de Spirou » le 4 septembre 1941 pour flatter l’occupant, mais dont on peut se demander si un mauvais esprit ne pourrait pas y déceler comme une amorce de persifflage... Le major Kreft ne semble pas s’en être offusqué (pas plus que, à une autre occasion, de certaines allusions aux méfaits des doryphores, insectes plutôt évocateurs pour les régions occupées...). Je reproduis le document « Politicus », les lecteurs du billet du café seront juges...

 

          Quoi qu’il en soit, et largement grâce au résistant Jean Doisy, Spirou est sorti la tête haute de cette sinistre époque, tout le monde ne peut pas en dire autant, chez la concurrence huppée...

 

          Sans rapport direct avec Spirou, — même si la famille Dupuis affichait un catholicisme militant sans faille — , je me demande si je ne vais pas devoir reconsidérer ma position vis à vis de la religion révélée. En effet, hier matin, l’écrivain et néanmoins ami Francis Berthelot avait prophétisé que, pour 14h, Dieu dispenserait dans sa mansuétude un ciel bleu radieux au-dessus de la manifestation parisienne en faveur de l’enfer du mariage pour tous. Je riais sous cape, envisageant même un instant l’acquisition d’un parapluie. Et bien, j’ai été témoin du Miracle ! Ma non-foi s’en trouve fortement ébranlée... A quoi tiennent les grandes conversions !
          « Prenez et buvez : ceci est mon café ».

 

          Oncle Joe
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