Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Fonds documentaire Choisir un autre habillage   
    Base de données    
    Base d'articles    
    Identification    
    Fonds documentaire    
 

Un Maître de « 813 »

Café, SF, et assimilés (même de très loin) 8. Aujourd’hui (21/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          Il serait bien désagréable que les méditations matinales du café se transforment en rubriques nécrologiques... En tournant ma cuillère, j’ai très envie de dire quelques mots d’un copain, bien vivant, Jean-Louis Touchant (mais il faut être sincère : c’est une manière de parler, je ne tape pas ces quelques mots en tournant la cuillère dans la tasse, c’est beaucoup trop dangereux pour le clavier !)

 

          Jean-Louis, je l’ai recroisé dernièrement à l’occasion du tout dernier Festival de Sèvres (décembre 2012). Il m’a refilé son dernier livre pour la somme modique de 10 euros, un fascicule d’une centaine de pages, intitulé « Histoire véridique de « 813 », association des amis de la littérature policière » (je reproduis la couverture, et la 4e, où l’on devine vaguement ce qu’il reste à Jean-Louis de sa chevelure éternellement ébouriffée).

 

          Des amis comme Jean-Louis Touchant sont des amis précieux (comme tous les amis, vous me direz...). Il appartient à cette espèce rare et très particulière qui fait vivre, vraiment vivre, les associations consacrées aux genres qui nous sont chers. Le type de personnage qui combine toute une série de qualités rarement présentes en MEME temps : la chaleur humaine (ce qui lui évite de se fâcher avec plein de gens dans des milieux infestés de caractériels), l’enthousiasme, une profonde érudition et... un VERITABLE sens de l’organisation... Il rigolerait bien en voyant mentionnée cette dernière qualité à son propos, et pourtant, c’est bien grâce à des personnes comme lui, capables de se dévouer et de jouer les « petites » mains quand cela s’avère nécessaire (i.e. très souvent), que peuvent survivre des association du type « 813 », où il a occupé, officiellement et officieusement, plein de postes différents et indispensables, de préférence bien ingrats.

 

          Je n’arrive plus à me souvenir de la première fois où je l’ai rencontré, ce devait être avec mon ami Alfu, d’Encrage, dont il est un vieux complice. C’était très probablement autour d’un... café, peut-être à la Gare Nord, dont une ou deux tavernes ont longtemps servi de repaires aux amis d’Encrage (la revue et la maison et d’édition) et à des réunions plus ou moins officielles de l’Association des amis du roman populaire (surtout connue pour sa prestigieuse émanation, la revue d’érudition « Le Rocambole »).

 

          Ce n’est pas un fan de SF, encore qu’il apprécie le genre et s’avère un grand passionné de Philip K. Dick. C’est un type du polar. Du cinéma , aussi : un ancien de « Positif ». Et oui, « Positif »... toute une époque, hein ?

 

          A lire comme ça (ce que j’ai fait la nuit dernière), « Histoire véridique de « 813 », association des amis de la littérature policière » peut sembler un peu sec, un peu froid. Le titre annonce très exactement le contenu, il ne faut pas y chercher des analyses de romans policiers, ou une histoire du genre en France. Non, juste des commentaires sur les réunions de l’association, année après année jusqu’en 2007, et de son bulletin, « 813 », qui s’est progressivement transformé en véritable revue, ou presque. Une série de noms qui s’égrainent, quelques anecdotes... Mais comme ce témoignage s’avère précieux, pour cette raison, précisément ! Le monde du polar (et un peu plus) français défile, de Léo Malet à Didier Daenincks, en passant par ADG, Jean-Patrick Manchette, etc, etc, plus nombre de vedettes étrangères (Robert Bloch !). Il est rare d’avoir la chance de pouvoir connaître ce type d’univers associatif de l’intérieur sauf... si l’on en fait soi-même partie ! Encore faudrait-il penser à prendre des notes, et en faire profiter chercheurs et curieux. Car il y en a des choses à décrypter derrière tel vote, telle réunion, tel départ ou telle arrivée d’un membre illustre ou inconnu. Diplomate, Jean-Louis Touchant ne s’étend pas sur les querelles et les ruptures. Cependant, il laisse dépasser des petits bouts de fil que les fouineurs un peu pervers ne manqueront pas de tirer... Précieux, vous dis-je ! Et avec l’humour discret, efficace et très pince-sans-rire dont il est coutumier. Allez, je donnerai toute de même une petit exemple, parce que Jacques Sadoul, auteur de roman policier à ses heures, figure dans le fond du décor, de manière bien involontaire. Mais c’est amusant ! (pour qui est doté d’un minimum de mauvais esprit). L’action se déroule en 1986, au 6e Festival de Reims (et dernier...), consacré au roman policier, pendant l’assemblée de l’association 813 :

 

          « Au terme d’une longue discussion sur les finances et le non dépôt d’un dossier de subvention au Centre National du Livre, faute de temps et de personnes, sur les chèques en bois qui s’en sont pas, la publication de certaines lettres dans le bulletin, un adhérant pose la question : « Que fait la police dans la salle ? »
          En l’occurrence il s’agit d’un dénommé Gérard Stuffel qui dirige l’agence « Heure H », habillé comme un vrai flic avec imperméable. Assis confortablement dans la salle, Jean-Marc Beaupuy, le président de Reims-Polar, sourit. Lebedel explique qu’il n’a pas voulu de cette « Heure H » mais que Reims-Polar est composé de trois membres du bureau de 813, trois membres de la Maison de la Culture, trois membres de la municipalité et donc la majorité l’a emporté. [...]
          Les Grenoblois Alain Léger et Jean-François Carrez-Corral sont appelés pour présenter leur projet d’un festival dans leur ville, projet fort argumenté et bien défendu.
          Cependant lorsqu’ils vont déplorer à Reims l’absence de tout plan médiatique et le silence des journaux importants sur 813, ils vont, sans le vouloir, déclencher le drame.
          En effet, Marianne Alphand, journaliste à « Libération » réplique, se plaignant de n’avoir pas eu d’informations suffisantes, notamment sur le Grand Prix de Littérature policière décerné le matin-même.
          Cris... « Mais il n’a pas été décerné ! On n’était pas là »...
          « Il va être décerné cet après-midi », disent les naïfs.
          « Non ! » dit la journaliste, « L’Heure H » nous a dit que le prix a été décerné ce matin, à 11 heures, par Alain Delon à Jacques Sadoul pour « Trois morts au soleil ». Alain Delon ne souhaitait pas qu’il y ait la foule...
          Maurice-Bernard Endrèbe, à demi soulevé sur son fauteuil, est ahuri, incrédule. Président du jury il remet lui-même le prix au lauréat, il n’était pas au courant...
          Monsieur Beaupuy l’était ? Oui...oui...
          Débat... Dérive...
          Ralph Messac trouve que l’attitude de « L’Heure H » a été insultante pour Maurice-Bernard Endrèbe. Son représentant en imperméable veut prendre la parole, même sans micro...
          « Dehors... dehors... », crie la salle...
          Ralph se lève, prêt à en découdre, et Lebedel, calme, accompagne par le bras l’importun à la porte.
          Il nous semble désormais que Reims est bien fini. »

 

          Ah, les prix dans les festivals... tout un poème !
          A part le roman policier et le cinéma, Jean-Louis Touchant assume une autre passion, dévorante : les publications Offenstadt d’avant-guerre (les deux, mon général !), et plus particulièrement le romancier populaire José Moselli. Il connaît par cœur — j’exagère à peine — l’œuvre de cet immense feuilletoniste, que les amateurs de science-fiction (surtout les amateurs de vieille SF) estiment pour le roman « La fin d’Illa » (1925) qui avait été réédité dans la revue « Fiction », et a connu ensuite plusieurs éditions en volume. Encore un auteur fort prisé par Jacques Bergier... Mais Jean-Louis Touchant en a lu TOUTE l’œuvre, y compris les interminables aventures du Roi des Boxeurs... Il a consacré à son idole un essai absolument indispensable pour qui veut se faire une idée sérieuse de ce qu’était la littérature d’aventures populaire d’avant-guerre : « L’apothéose du roman d’aventures. José Moselli et la maison Offenstadt » (Encrage/Les Belles Lettres). Il est bien regrettable que tout le stock de cet essai soit parti en fumée dans un incendie, ce qui en complique singulièrement l’acquisition... Par chance, « L’Histoire de l’ « Intrépide » », gros essai consacré à ce légendaire hebdomadaire Offenstadt, et paru dans un copieux numéro double du « Rocambole » (n°34-35), doit être encore disponible. Dépêchez vous, avant la prochaine inondation du dépôt !

 

          Jean-Louis Touchant, un chic type que l’on n’aura guère l’occasion de croiser sur le Net et sur Facebook, ce n’est pas son truc. Il préfère les restos, ou les après-midi au café avec les copains, en vrai. Il faut que je l’appelle.

 

          Oncle Joe
Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Articles, catégorie Café, SF, et assimilés
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.