Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Fonds documentaire Choisir un autre habillage   
    Base de données    
    Base d'articles    
    Identification    
    Fonds documentaire    
 

La Passion selon Yog-Sothoth

Café, SF, et assimilés (même de très loin) 6. Aujourd’hui (19/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          Le café semble avoir un goût un peu amer ce matin, mais pas, hélas, de ce type d’amertume qui souligne agréablement son arôme. Facebook l’omniscient, toute la toile et le bon vieux téléphone ont tristement bruissé hier de la disparition de Jacques Sadoul. Pour beaucoup, le flux de messages attristés en est la preuve, Jacques Sadoul a été LE grand passeur de la science-fiction en France. Les merveilleux J’ai Lu des années soixante-dix (en plus, solides !) étaient dans toutes les librairies, dans toutes les Maisons de la Presse, diffusés massivement. Je me revois guettant l’arrivée des nouveautés dans la Maison de la Presse d’Ermont (Val d’Oise) : quelle fête, à chaque fois, de reconnaître une (presque) inévitable nouvelle couverture signée Tibor Csernus, dans la pile des poches ! Ma confiance en les choix de Jacques Sadoul était aveugle ! Et je ne regrette pas ce délicieux aveuglement ! Ma dose de SF, ma drogue... il y a pire, comme drogue (encore que certains spécialistes de la santé mentale se demandent si l’on ne sous-estime pas le caractère profondément pernicieux de son effet, qui pourrait être comparable à celui du café).

          Jacques Sadoul... un nom magique, qui m’a évidemment fait me précipiter dès sa parution sur son « Histoire de la science-fiction moderne », publiée alors chez Albin Michel. Avec quelle avidité ai-je dévoré ce volume, riche en révélations prodigieuses ! Et cette complicité avec le lecteur : c’était comme un ami érudit qui conseillait des lectures, avec enthousiasme, et dans un seul but : le partage du plaisir ! Et « Hier l’an 2000 », toujours chez Albin Michel, cette splendeur ! Ce que j’appelle un livre d’art ! La perfection ! Les couvertures, les illustrations tirées de pulps de science-fiction dont Jacques Sadoul était un grand collectionneur, ces pulps légendaires, des objets sublimes, parfaitement inabordables pour le jeune lecteur que j’étais... je pensais que l’on trouvait ce genre d’incunables uniquement dans les grandes bibliothèques ou dans les collections d’une infime poignée de passionnés privilégiés (je me suis un peu rattrapé, depuis, dans ma quête des morceaux de la vraie croix...). Cet album onirique demeure, de loin, mon préféré dans le domaine.

 

          Il m’a fallu un peu de temps pour me rendre compte que l’univers de Jacques Sadoul ne se bornait pas à la science-fiction, que ce diable d’homme se passionnait pour le roman policier (le CLP, ça dira peut-être quelque chose à certains), la bande dessinée (il fut un de ces grands pionniers qui lui donnèrent ses lettres de noblesse), à l’érotisme (l’album « L’enfer des bulles »... et ça cumule avec la BD ! Ah ! la passion — non coupable ! — de Jacques Sadoul pour les première héroïnes de comics books ! — ), mais aussi, plus inattendu... à l’ésotérisme, témoin son enthousiasme pour l’alchimie.

 

          Un Grand Ancien qui s’en va... S’il est une personne que Jacques Sadoul adorait, et il ne s’en cachait pas, lui qui était par ailleurs si pudique, c’était Jacques Bergier, autre Grand Ancien. Il n’y a pas de place au hasard dans la constitution du panthéon... Comme tant d’autres, Jacques Sadoul doit sa découverte d’une grande partie de ce qui deviendra son monde culturel à cet homme-orchestre improbable mais fondamental de l’imaginaire en France. C’est Jacques Bergier, je crois, qui lut le manuscrit du premier roman de Jacques Sadoul, « La passion selon Satan », et lui mit vraiment le pied à l’étrier. Le texte de la première édition (1960) de ce livre aux Editions du Scorpion présente des différences avec celui des rééditions : les vrais connaisseurs se doivent donc de se le procurer (ce n’est pas si facile... j’ai eu de la chance, pour ma part : Jacques Sadoul m’en a offert un exemplaire non coupé ! (*))

 

          Voilà. Je n’ai plus trop le courage d’en rajouter. Jacques Sadoul, emporté par Yog-Sothoth, a rejoint Jacques Bergier dans un monde parallèle, et tous deux bavardent joyeusement avec le Solitaire de Providence, jusqu’à la fin des temps. Adieu, adieu, Jacques Sadoul.

 

          Oncle Joe

 

          (*) Authentique ! Mais je vois poindre la question... Elle n’aura de réponse que lorsque cette vieille crapule de Yog Sothoth dispersera le cœur de ma bibliothèque. Patience, ce n’est pas pour demain, mes agneaux (pour ne pas dire mes chevreaux...) !
   
Cet article est référencé sur le site dans les sections suivantes :
Articles, catégorie Auteurs
Articles, catégorie Café, SF, et assimilés
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.