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Spacehawk, Wolverton et moi

Café, SF, et assimilés (même de très loin) 4. Aujourd’hui (17/01/2013)

Joseph ALTAIRAC

Facebook.com, janvier 2013

          Quel beau ciel froid mais dégagé pour voir s'envoler le vaisseau spatial d'un justicier de l'espace, avec une tasse de café à la main (la mienne, ou celle justicier, les deux sont jouables, bien que ce soit forcément plus acrobatique pour ce dernier).

 

          Je ne vois donc aucune raison de ne pas parler à l'occasion ce billet matinal tant attendu par mes trois lecteurs de « Spacehawk » de Basil Wolverton, à part le fait qu'il faut que je fasse TRES attention à ne pas renverser de café sur l'album somptueux que je tiens prudemment à distance (installé sur deux poufs superposés, c'est bien commode). Sobrement intitulé « Spacehawk by Basil Wolverton », d'une taille impressionnante (34 cm de haut sur 24 cm de large, à peu près), riche de 270 pages, proposant l'intégrale (j'écris bien l'intégrale, parce que...) des aventures du justicier de l'espace, parues en 1940-42. Tout en couleurs magnifiques, bien flashies. Attention, il ne faut jeter que des coups d'œil rapides sur les planches de cette bande dessinée de la démence, car une contemplation prolongée rendrait aveugle, selon certains témoignages (ne pas confondre avec telle boisson vitriolée aux mêmes conséquences).

 

          Pour moi, l'illustrateur américain Basil Wolverton (1909-1978) est une très, très vieille connaissance, même si j'ai mis du temps à m'en rendre compte. Ce n'est que dans les années 80 du siècle dernier que j'ai redécouvert cet artiste, et surtout son patronyme. Car il m'était familier... depuis l'époque de l'école primaire, à cause de sortes d'autocollants que l'on s'échangeait à la récréation, entre deux parties de billes. Les « Uglies », qu'on appelait ça... les « Horribles », une fois traduit, ce doit être un des premiers mots en anglais que j'ai appris sans m'en rendre compte ! Je n'arrive plus à me souvenir où l'on pouvait se procurer effectivement ces autocollants, s'ils étaient dans des paquets de biscuits, de bonbons ou de chocolat, ou s'il fallait acheter des pochettes spécifiques... Impossible de me souvenir de cet aspect des choses, je ne retiens que les échanges fiévreux dans la cours de récréation. Les camarades les plus audacieux les collaient sur leurs cartables, certains allaient même jusqu'à en mettre sur les cahiers ! Mais là, il fallait un sacré cran ! C'étaient des têtes de personnages horribles, grimaçants, répugnants, mais si beaux ! (Les filles trouvaient ça laid, les pauvres !) J'en propose un, peut-être le plus connu, mais il y en a des paquets de reproduits sur le Net quand on cherche en tapant « Basil Wolverton ». Le moins que l'on puisse dire, c'est que le Maître n'est pas oublié par ses vieux admirateurs !
 

 

          Spacehawk est un héros de comics de science-fiction véritablement archétypal. Tellement archétypal qu'il aurait pu concurrencer dans les quotidiens américains des années trente le désormais mythique Buck Rogers, si les éditeurs du temps avaient fait davantage confiance au tout jeune Wolverton. Mais justement, il y avait déjà Buck Rogers... Wolverton eut donc bien du mal à caser ses projets de séries de science-fiction, et il lui fallut attendre longtemps, c'est-à-dire 1940, pour qu'enfin, « Spacehawk » paraisse non pas dans un journal, mais dans un « comics book », « Target Comics ». Cette toute nouvelle manière de publier de la bande dessinée, sous forme de fascicules spécifiques, commençait à prendre son essor... Pour les auteurs d'uchronie, il y a vraiment un défi à relever : imaginer un univers dans lequel « Spacehawk » aurait détrôné « Buck Rogers » en 1930, disons. L'histoire de la bande dessinée et de la science-fiction en serait modifiée... de quelle manière, d'ailleurs ? Et quel impact sur toute l'Histoire, tout court ? (Si j'ose écrire). Si un écrivain se lance dans ce délire, je jure ici solennellement que j'achèterai un exemplaire du résultat !

 

          Basil Wolverton fait partie de ces artistes (il y en a un certain nombre, à la grande satisfaction des éditeurs qui se lancent dans les rééditions raisonnées — à défaut d'être raisonnables — de vieilleries) dont le trait me fascine littéralement. Il y a quelque-chose d'étrangement parfait dans la manière dont il dessine des vaisseau spatiaux « tôles et boulons » respirant la puissance, des paysages oniriques parfaitement invraisemblables et pourtant auxquels on croit, du fait de leur pouvoir hypnotique, aux limites du psychédélique, et des extraterrestres plus hideux les uns que les autres, même lorsque les créatures en question s'avèrent tout à fait sympathiques : Spacehawk, l'invincible justicier de l'espace, a plein de copains partout sur les planètes du système solaire. Plein d'ennemis, aussi, ce qui fait le charme de ses aventures. Il a tout les talents, Spacehawk. Non seulement il est doté d'une force herculéenne, non seulement il vole grâce à une ceinture anti-gravité, mais encore, c'est un savant d'élite qui maîtrise toutes les énergies de l'atome (ça y va, les rayons ! en veux-tu, en voilà !) et un chirurgien hors pair (on le verra même greffer le cerveau d'un de ses amis mourant dans la tête d'une sorte de dinosaure extraterrestre !). On sait aussi qu'il est âgé de plus de 800 ans. Il ne fait pas son âge, encore qu'il faudra attendre le troisième épisode pour découvrir son véritable visage, car il se déplace masqué (pour être juste, précisons que son âge approximatif ne semble révélé qu'au 8e épisode, lorsque Spacehawk retrouve dans une forêt saturnienne Galar, un copain de jeunesse qu'il n'a pas vu depuis... 600 ans !)

 

          Dès le premier épisode, Spacehawk trouve le moyen de sauver une jolie nénette, dans des circonstances particulièrement farfelues. Le méchant pirate Gorvak a besoin de se procurer pour ses méfaits des échantillons de la « creaping death », une espèce de cochonnerie protoplasmique qui bouffe tout. Et pour attirer la masse hideuse de la créature en question, Gorvak ne trouve rien de mieux que de lui proposer en appât une « earth girl » (c'est marqué) qu'il a enfermée dans un cylindre de métal ! Et qui va sauver la fille de la Terre ? Vous avez deviné ! Encore que...

          Encore que, parce qu'il y a une petite surprise. Au 3e épisode, Spacehawk aura l'occasion de re-sauver la même petite brune ! ! ! L'épisode est gratiné : Zorg et Jark, deux immondes extraterrestres, se livrent à la piraterie (c'est assez récurrent, dans « Spacehawk »...) et capturent la donzelle dans un vaisseau spatial dont ils viennent de s'emparer. Zorg la trouve à son goût, ce qui semble pour le moins surprenant, quand on compare l'anatomie d'une femelle humaine à celle de Zorg... Qu'à cela ne tienne, l'extraterrestre vicieux a réponse à tout :
          « Come now ! I shall put you under the surgical ray ! It will alter your appearance completely, and you will be truly beautiful according to MY (c'est Wolverton qui souligne) standards ! »

 

          Evidemment, vu de cette manière, c'est plus compréhensible... le raisonnement de l'extraterrestre semble tout de même assez bizarre, à bien y réfléchir (c'est un extraterrestre, d'un autre côté...)

 

          Dommage, on n'assistera pas à l'alléchante opération chirurgicale au rayon, à cause de l'intervention du héros. Se produit la scène attendue, obligatoire : Spacehawk enlève son masque et embrasse la fille ! Enfin ! Moment romantique, gâché cependant par une réflexion un rien impertinente de la « earth girl » après le baiser :
          « Why is it you didn't do that when you rescued me before ? »

 

          Et, sans se démonter, Spacehawk répond, grand seigneur :
          « How do you know but what you were rescued by one of my ROBOTS ? ».

 

          Spacehawk désigne alors un robot endommagé étalé par terre, semblable à lui physiquement, et masqué :
          « There is the robot thru which I attaked your captors ! It functions by my telepathic commands — almost as my own limbs do ! In fact, it IS actually I in a mechanical form ! »

 

          Hé ! Hé ! Hé ! Bien mouchée, la donzelle !

 

          « Spacehawk », c'est sublime, c'est génial !

 

          Bon, là je ne vous ai parlé que du « Spacehawk » purement justicier de l'espace, le plus pur, le plus parfait, sans doute. Mais à cause de la guerre, le malheureux Wolverton a été obligé d'engager son héros dans la défense des USA contre les tentatives d'invasions nazies et japonaises, ce qui rend la chronologie de la série un rien absurde : tout le monde était persuadé que les aventures de Spacehawk se déroulaient dans un lointain avenir... Mais à la guerre comme à la guerre, et je dirai à l'occasion d'un autre billet du café matinal quelques mots sur cette période assez croquignolesque, qui vaut elle aussi son pesant de rutabaga, vous pouvez me croire !

 

          Oncle Joe

 

          PS : cet album sublime est publié par Fantagraphics Books, Inc. , Seattle, Washington, USA, un éditeur dangereux pour les portefeuilles... Mais comme on dit par chez nous, le prix s'oublie, la qualité reste !
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