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Danse Macabre

Jean-Pierre FONTANA

Mercury N°3, mars 2002

          DANSE MACABRE — scénario
          2 novembre, jour des morts
          C'est la nuit où se manifestent les esprits du château de Providence et Lord Blackwood, son propriétaire, cherche, comme chaque année, un homme courageux capable de détruire cette légende.
          Le journaliste Alan Foster (G.Rivière) accepte volontiers le défi.
          Il s'enfonce dans le parc sous la lune.
          L'ambiance des arbres squelettiques, des statues et du petit cimetière sinistre le rend nerveux.
          Il se hâte d'entrer dans le hall.
          Tout est couvert de poussière. Il ne peut réprimer un frisson lorsque les chandelles qu'il vient d'allumer s'éteignent.
          Une main se pose sur son épaule. Devant lui se tient une jeune femme très belle. Elle s'appelle Elisabeth (Barbara Steele) et dit être la sœur de Lord Blackwood.
          Alan est fasciné par la jeune femme et il s'apprête à l'embrasser lorsque arrive Julia (Margaret Robsham), la femme d'un portrait du hall.
          Elisabeth a besoin de l'amour du journaliste. Cependant au moment où ce dernier s'aperçoit que le cœur de la jeune femme ne bat pas survient Herbert, le jardinier qui tente de le tuer. Elisabeth se jette devant lui et le poignard s'enfonce dans son corps.
          Essayant en vain de poursuivre le jardinier, Alan rentre dans la chambre. Elisabeth n'y est plus.
          Il y rencontre Carmus, un grand savant disparu depuis quelque temps qui lui apprend qu'après une mort violente, l'esprit et les sens continuent à vivre et qu'une fois par an, la nuit des morts, les esprits reviennent à la vie.
          Tout à coup, le château s'illumine et dans le salon, au son d'une épinette, Elisabeth et William, son mari, dansent heureux...
          Herbert tue William et est sur le point de violer sa femme, lorsque Julia l'abat avec un candélabre.
          Elisabeth voudrait s'enfuir, mais Julia la retient, lui avoue qu'elle l'aime et tente de l'embrasser.
          Après l'avoir tuée d'un coup de poignard, Elisabeth trouve la mort en tombant dans un puits.
          Comme Elisabeth, Carmus qui est dans l'espace des morts, revient s'asseoir devant un bureau quand il est poignardé dans le dos par Herbert qui boit son sang.
          Alan voudrait s'enfuir mais, arrivé dans le hall, il voit entrer deux jeunes gens qui, eux aussi, ont été tués.
          Le journaliste va ouvrir la porte... Il se voit entouré par tous les esprits qui veulent son sang...
          Elisabeth réussit à le sauver en le faisant passer par un couloir secret. Arrivé au cimetière avec la jeune femme dans les bras, Alan s'aperçoit devant sa tombe qu'il n'a plus dans les bras qu'un squelette tombant en poussière.
          Fou de terreur, poursuivi par les hurlements des esprits, il arrive enfin à la grille d'entrée du parc. Sain et sauf et essoufflé, il s'adosse à celle-ci...mais elle se referme brutalement ...
          Au matin, Lord Blackwood trouve Alan debout, accroché par son manteau à la grille du château.
          Au comble de l'épouvante, DANSE MACABRE, avec les esprits et les morts d'amour....

          La Danse Macabre ou la démence désorganisée.
          Ne vaudrait-il pas mieux dire : organisée ? En tout cas pas inorganisée.
          Ce film en noir et blanc, interdit aux moins de dix huit ans -en Italie — s'est vu, en France, décerné un visa (Dieu soit loué), avec abaissement de l'interdit. Comme bien vous le pensez, en haut lieu, on en a profité pour châtrer, émasculer ce film hypothétiquement intelligent.
          Œuvre à petit ou moyen budget peut-on dire : les acteurs auront coûté plus cher que les décors, facilités dans la mise en scène qui n'est cependant pas exempte de beaux plans, œuvre encore au scénario éclectique vaguement adapté des textes de E.A.Poe — (on a reconnu, au passage, dans le scénario et le dialogue français : Ligeia, Bérénice et Le Corbeau-Genèse d'un Poème), œuvre enfin qui recèle des effets spéciaux qui ne sont pas particulièrement soignés. Un film fait à la va-vite quoi... rien de remarquable... mais tout est extraordinaire, prodigieux, fou. C'est le film déraisonnable par excellence, excessif, contraire au bon sens, il est, de ce fait, magnanime car il nous sort un peu de ces premièrement, deuxièmement, a), b)... et autres sempiternels réflexes « raisonnés », pensées calculées des contingences courantes.
          Le scénario est assez simple : il consiste à placer Foster (cf. le texte du scénario) en un château où les « morts d'amour » revivent leurs derniers instants. Car leur qualité, leur statut de morts d'amour, c'est de revivre une fois l'an leur mort, intervenue à un moment d'intense activité affective. Voilà ce qu'explique la théorie de Carmus, et, il nous semble que cette survie de l'âme et des sens doive être notée comme très populaire.
          Dès lors Foster, humblement rationaliste, va assister aux scènes primitives des assassinats. L'imbrication des fantasmes de ce cher Foster avec la psychologie présente du visiteur parcourant les salles du château, fait se perdre le petit spectateur borné dans ces mêmes extravagants dédales du rêve. L'insensé et le dément, le délirant et l'absurde s'y rejoignent. Dans cet univers d'aliénés frénétiques, d'enragés et de maniaques compulsifs et excessifs, l'agitation, la confusion, l'exagération sont indissociables des désirs effrénés dépourvus de raison.
          La folie et les inepties de ce film (cf. l'explication pseudo-biologique et philosophique délirante de Carmus qui restera dans nos annales comme un modèle d'incohérence) en font un chef-d'œuvre, dirions-nous, si le mot était moins galvaudé, mieux, un bijou éclatant de grisaille et de pestilence, d'odeurs fades et de miasmes.
          Georges Rivière est fort bon, ses déambulations longuettes ne brisent pas le rythme, lent au début, mais qui va s'accélérant jusqu'à la fin.
          Margaret Robsham, homosexuelle née, joue le rôle d'une belle lesbienne. Elle a parfois l'air d'Ingrid Thulin (Le Silence).
          Sylvia Sorent, plus que délicieuse, voit son petit tour de force censuré (en France). Fiancée confiante, insouciante comme Siegfried, dans le château des morts-vivants.
          Quant à Barbara Steele, elle est les 70 carats du lot, prodige féerique, éructation fantasmatique du réalisateur, projection inconsciente des désirs inavouables d'une libido mal contenue... L'on sait bien que Barbara Steele n'existe pas. C'est pourtant la plus belle sorcière de tous les temps.
          Notons enfin, mais nous sommes bien épuisés après de telles révélations, la fin admirable, qui veut que Foster ne sorte pas du château ou en sorte justement pour mourir .Il est transpercé par la grille qui se referme brusquement, comme cela ... pour rien...ou si précisément à cause...

          Générique de ce film, plus ignoble que la traduction serbo-croate — 0 combien immonde pourtant ! — du noir NECRONOMICON-de l'Arabe dément Abdul Alhazred, plus terrifiant encore que la volumineuse édition de 1383 de l'Unaussprechlichen Kulten de von Junzt.

 

          DANSE MACABRE (Danza Macabra), réal : Giovanni Addessi (alias A.Dawson) avec Barbara Steele, Georges Rivière, Margaret Robsham., Montgomery Gleen, Sylvia Sorent, Henry Kruger, Phil Karson, Ben Steffen, John Walters, Merry Powers. Scénario et dialogue Jean Grimaud et Gordon Wilson jr. d'après E.A.Poe. Directeur de la photo : G. Kramer, assisté de W. Scott. Musique de Ritz Ortolani (éd. Musicale C.A.M.) Directeur de la production : Al Givens assisté de C. Smith. 1963 — Réalisation française E.D.P.S., d'après une adaptation de M.Luckin. Une production ERA Cinematographica — Rome et Leo Lax Films-Paris. 2440 m. — 89 minutes, Distribution : Cosmopolis Film et les Films Marbeuf.

          Photos coll. Mercury et G.T.
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