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De Maciste au Choc des étoiles

Préface au Livre d'or de la SF italienne. Deuxième partie (Voir aussi Première partie)

Jean-Pierre FONTANA

Le Livre d'or de la SF italienne. Pocket, octobre 1981


          III DE MACISTE AUX CHOC DES ÉTOILES

 

          Contrairement à la France de Méliès, à l'Allemagne de Metropolis, le cinéma italien ne s'est vraiment mis à la SF que depuis peu d'années. Pourtant il y eut, ici encore, des précurseurs.
 
          C'est le cinéma de grande reconstitution historique qui marque la véritable naissance du cinéma italien et, surtout, les Derniers Jours de Pompéi (1908) de Luigi Maggi, une fin de monde tout de même. Le Cabiria (1914) de Giovanni Pastrone voit apparaître un étonnant personnage : le géant MACISTE. Ce héros mythique revient dans d'autres films, où il a le pouvoir non avoué de voyager dans le temps pour aider les faibles contre l'oppresseur à diverses périodes de l'histoire. C'est cette « faculté » qui nous autorise à mettre cette série dans la SF, bien qu'elle n'offre le plus souvent que des aventures traditionnelles saupoudrées d'ingrédients propres à entretenir l'affabulation. force herculéenne, naïveté, humour... Bartolomeo Pagano (1878-1947), créateur du rôle, interprétera ce personnage vingt-cinq fois après Cabiria, depuis Maciste (1915), Maciste bersagliere (1916), Maciste alpino (1916), Maciste contro Maciste (1917), en passant par Maciste contro la Morte (1919), Maciste salvato dalle Acque (1920), Maciste und die chinesische Truhe (1923, tourné en Allemagne), jusqu'à Maciste Imperatore (1924) de Brignone, Maciste contre lo Sceicco (1925) de Mario Camerini Maciste all'Inferno (1926), sa dernière apparition de l'entre-deux-guerres.
 
          Hormis cette tradition bien italienne ? et mal réductible à la SF ? il n'y a pas grand chose à relever avant les années cinquante. Il mostro di Frankenstein (1920) d'Eugenio Testa, avec Luciano Albertini dans le rôle du savant et Umberto Guarraccino dans celui du monstre, est depuis longtemps invisible. Le Filmlexicon précise que le maquillage du monstre y est plus horrible encore que celui de Karloff qui l'interpréta par la suite. Dans son ouvrage la Science-Fiction au cinéma (10/18), Jean-Pierre Bouyxou mentionne Il socio invisibile (1939) de Roberto Leone Roberti (père de Sergio Leone). Rien ne semble indiquer toutefois qu'il s'agisse d'une oeuvre de SF.
 
          Le premier film du genre réalisé en Italie (mais co-produit avec l'Allemagne) est en 1958 La morte viene dallo spazio (Le danger vient de l'espace) de Paolo Heusch, une histoire sans grande originalité  : un météore fonçant sur la Terre est détruit par des missiles atomiques (la bombe atomique enfin réhabilitée ! ! !).
 
          L'année suivante, un des maîtres du cinéma fantastique italien, Riccardo Freda, commet une histoire guère plus convaincante : Caltiki, il mostro immortale (Kaltiki, le monstre immortel,) histoire d'une gélatine gourmande de vie humaine née d'une mutation (le danger de l'atome !). Heureusement, il retourna très vite au cinéma d'épouvante.
 
          Au début des années soixante, la mode du peplum bat son plein. C'est l'occasion pour Hercule de recommencer ses célèbres travaux mais aussi de gagner d'étranges contrées. Dans Hercule à la conquête de l'Atlantide (1961) de Vittorio Cottafavi, il va vivre une aventure en tout point digne de Flash Gordon. Reg Park, l'interprète, est sans doute un peu lourdaud, mais la qualité de l'image et la richesse d'imagination exceptionnelle en font peut-être le sommet de ce genre regrettablement méprisé. Maciste aussi retrouve de l'emploi dans Maciste contre les monstres (1962) de A. Quattrini et G. Mazelli, où le célèbre héros se trouve aux prises avec des tribus de l'âge de pierre et de joyeuses bandes de dinosaures ; Maciste, l'homme le plus fort du monde (1961) d'Antonio Leonviola, où des hommes-taupes se volatilisent dès qu'ils sont touchés par la lumière du soleil ; Maciste et les filles de la vallée (1964) d'Amerigo Anton (alias Tanio Boccia) et Maciste contre les hommes de pierre (1964) de Giacomo Gentilomo, qui voient apparaître des extra-terrestres. Il est vrai que ce ne sont pas là les meilleurs produits de cette série. L'amateur aura intérêt à se tourner vers d'autres titres moins liés à la science-fiction mais d'une tout autre qualité, et entre autres Maciste et le fantôme (1961) de Gentilomo et Corbucci, Maciste en enfer (1962) de Freda ou Hercule contre les Vampires (1961) de Mario Bava, tous trois très inspirés du fantastique et du merveilleux mythologique.
 
          On a vu de la SF dans le Moulin des supplices de Giorgio Ferroni. Il est vrai que des thèmes comme la recherche de la survie ou de l'immortalité (par des transfusions), de la reconstitution d'un corps ou de la préservation de la beauté (par des greffes) y font penser. Mais le film insiste plus sur l'angoisse et se situe volontairement dans un passé assez récent où il était de bon ton de redouter la science et de pourchasser le « body snatcher ». Il ne contient pas plus de SF que le superbe Raptus ou l'Effroyable Secret du Dr Hichcock (1962) de Ricardo Freda (découverte d'un anesthésique puissant) ou les Amants d'outre-tombe (1965) de Mario Caiano (recherche de la jeunesse). Tous ces films ressortissent avant tout à l'épouvante.
 
          En 1963 et 1964, plusieurs films exploitent le thème de la venue d'un extraterrestre sur notre planète : I Pianeti contro di noi (le Monstre aux yeux verts) de Romano Ferrara avec Michel Lemoine en monstre, Disco volante de Tinto Brass, 1 Marziani hanno dodici mani de Castellano et Pipolo, Omicron d'Ugo Gregoretti, tous sans grand intérêt. Par contre, avec L'Ultimo uomo della Terra d'Ubaldo Ragona avec Vincent Price, d'après Je suis une légende de Richard Matheson, l'Italie tient sans aucun doute son premier bon film de science-fiction. Malheureusement, il est inédit en France.
 
          L'année 1965 sera celle d'Antonio Margheriti. Venu au cinéma avec la SF puisqu'il réalise, dès 1960, un Space Men signé Anthony Dawson ? histoire d'un astronef photonique sur le point de percuter la Terre ? et, en 1961, avec Claude Rains, Il pianeta degli uomini spenti ? tentative d'invasion de notre monde assez originale ? , il réalise en 1965 un exploit contestable : en l'espace de 12 semaines, il tourne quatre films, dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont loin de valoir le précédent. Il s'agit d'Il Pianeta errante qui reprend le thème du danger planétaire, I Criminali della galassia (le moins mauvais de la série) avec un savant démoniaque qui tente de créer une nouvelle race, I Diafanoidi vengeno da Marte, sur des parasites extraterrestres, et enfin un film particulièrement mal fait et mal interprété  : La Morte viene dal pianeta Aytin où les Yétis ? évidemment des extraterrestres ? veulent geler la Terre pour la dominer. Tous ces films de Margheriti sont inédits en France.
 
          La même année, Elio Petri réalise la Dixième Victime, d'après Robert Sheckley, et bénéficie de l'interprétation de Marcello Mastroianni et d'Ursula Andress. Ce sera insuffisant pour en faire un succès commercial malgré un sujet intense et dramatique et d'incontestables qualités de mise en scène.
 
          Mais c'est à Mario Bava que revient le mérite d'avoir réalisé avec Terrore nello spazio le chef-d'oeuvre du cinéma italien de science-fiction, (aux dires des spécialistes transalpins). Tiré d'une nouvelle de Renato Pestriniero, Una notte di 21 ore, c'est une aventure spatiale sur le thème de la possession où le spectateur est abusé par une remarquable astuce ? les astronautes « possédés » qui regagnent la Terre sont eux-mêmes des étrangers à notre monde. Ce film, devenu invisible en Italie même où il n'a pas bénéficié, comme Margheriti, de rééditions en super 8 reste toujours inédit en France et il faut s'étonner que les manifestations qui se multiplient chez nous et projettent toujours les mêmes films, ne songent pas à faire découvrir des oeuvres de cette envergure. Terrore nello spazio était interprété par Barry Sullivan, Norma Bengell et Ivan Rassimov.
 
          Mario Bava reviendra à la SF en 1967 avec l'excellent Diabolik (Danger Diabolik), plein d'humour et de désinvolture, et dont le héros, immoral et invincible, interprété par John Philip Law dans la foulée de Barbarella, use des charmes de la belle Eva (Marisa Mell) pour mystifier l'inspecteur Ginko (Michel Piccoli). Diabolik fut imaginé par les soeurs Angela et Luciala Sansoni et leur apporta la fortune grâce au succès phénoménal des périodiques qui distillèrent ses aventures. L'Italie vit se multiplier les séries sur des superhéros bons ou méchants, comme Argoman, Dorellik ou Flashman.
 
          Passons sur 002 : operazione Luna de Lucio Fulci, un film comique sans intérêt et sur 2 + 5 : Missione Hydra (Destination planète Hydra) où Pietro Francisci ? mieux inspiré dans le peplum ? mêle le space opera et le cataclysme atomique. Toujours en 1967, 4...3 ... 2 ... 1 ... mort !l (4.3.2.1. ...objectif Lune), une coproduction germano-hispano-italienne réalisée par Primo Zeglio, fut le premier et heureusement unique épisode des aventures de Perry Rhodan. En 1968, le Barbarella de Jean-Claude Forest sort des studios de Dino de Laurentis, filmé par Roger Vadim particulièrement à l'aise dans la peinture minutieuse des charmes de Jane Fonda mais terriblement inefficace dans l'extraordinaire décor conçu par Mario Garbuglia et Jean-Claude Forest.
 
          I Cannibali de Liliana Cavani, quelque peu éreinté par la critique, offre en 1969 une vision étrange d'un système totalitaire. Britt Ekland expose la fraîcheur de sa beauté dépouillée dans un décor sinistre sous les accents musicaux d'Ennio Morricone.
 
          Suivent de nombreuses réalisations marginales comme Il Seme dell'uomo de Marco Ferreri, ou La Ragazza di latte de Marcello Aliprandi. Plus intéressant, N.P. : il segreto (l'Effroyable Machine de l'industriel N.P.) de Silvano Agosti, qui propose une vision atroce d'un monde futur, a été distribué trop discrètement en France.
 
          On a déjà cité la Cité du soleil (1973) de Gianni Amelio. L'année suivante, Emilio Greco réalise une adaptation de l'Invention de Morel, d'Adolfo Bioy Casares et Pasquale Festa Campanile ? déjà responsable d'un film préhistori-comique intitulé Quanda le donne avevano la coda... (Quand les femmes avaient une queue..., avec Giuliano Gemma et Santa Berger) ? réalise Conviene far bene l'amore (En l'an 2000, il conviendra de bien faire l'amour), sur une société où toute forme d'énergie ayant disparu, on exploite celle obtenue au cours des rapports sexuels.
 
          Suivront Cuore di cane (Coeur de chien) d'Alberto Lattuada d'après Boulgakov, histoire d'un chien transformé en homme par un savant, Un sussuro nel buio de Marcello Aliprandi, Prima che il sole tramonta de Carlo Ausino : des films trop intellectuels sans doute pour réussir une bonne carrière commerciale.
 
          Mais c'est l'heure des grandes productions américaines. Le space opera revenant à la mode, Al Bradley (alias Alphonso Brescia) tourne Anno zero querra spaziale puis Guerra dei robot, aussi médiocres l'un que l'autre. Marco Gariazzo signe du nom de Roy Garrett Occhi dalle stelle (la Quatrième Rencontre) exploitant sans vergogne le succès de Rencontre du 3e type. Malgré quelques trouvailles et la présence de Martin Balsam et Nathalie Delon, le film n'est guère convaincant. Yeti, il gigante del ventesimo secole (Yeti, le géant d'un autre monde) de Frank Kramer ? alias Gianfranco Parolini ? est encore plus mal réalisé que les précédents. Enfin, L'Umanoide (L'Humanoïde) de G.B. Lewis ? Aldo Lado ? avec Richard Kiel, Corinne Cléry, Arthur Kennedy et Barbara Bach, reprend le sujet d'I Criminali della galassia mais bénéficie d'une excellente distribution, des moyens dont ne disposait pas Margheriti (qui supervise ici les effets spéciaux) et une bande sonore d'Ennio Morricone.
 
          C'est toutefois Starcrash (le Choc des étoiles) qui monopolise l'attention en cette année 1978. Réalisé par Lewis Coates (Luigi Cozzi), bénéficiant de moyens importants et d'acteurs comme Christopher Plummer, Marjoe Gortner et surtout Caroline Munro, tentant la synthèse du space opera et du peplum, cette entreprise manqua son but et ruina l'espoir d'une résurrection du cinéma populaire italien.
 
          Depuis, Lo sceriffo e l'extraterrestre (le Sheriff et les Extra-terrestres) de Michele Lupo, avec Bud Spencer et Cary Guffey (dont une suite est attendue) est venu réjouir les écrans. On préparerait un Alien 2 et d'autres produits sont annoncés pour bientôt.
 
          Il reste que le cinéma italien, qui a donné tant de chefs-d'oeuvre au Septième Art, n'a pas encore fourni à la SF le film qu'elle mérite. Ce ne sont pourtant ni les auteurs ni les réalisateurs de talent qui lui manquent.
 
 
 
 
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